L'ancienne candidate à la présidentielle a voulu "mettre un coup d'arrêt" aux "dérapages verbaux" de Nicolas Sarkozy
"Ces dérapages verbaux permanents s'exercent à l'égard des personnalités étrangères mais aussi des Français", souligne-t-elle dans Le Parisien/Aujourdhui de mardi.
Samedi, elle avait écrit au chef du gouvernement espagnol pour dénoncer les "propos injurieux" du chef de l'Etat ("Zapatero n'est peut être pas intelligent"), démentis par l'Elysée.
Par ailleurs, dans une interview lundi soir sur France 2, Ségolène Royal a estimé que Nicolas Sarkozy était "récidiviste dans toutes les formes d'agressivité verbale, de dénigrement". Elle rappelle notamment le "Salon de l'agriculture" en 2008 où le président avait pris à partie un visiteur ou lorsqu'"il s'en prend à Barack Obama, à Angela Merkel, à d'autres dirigeants du monde".
"Le jour où Nicolas Sarkozy changera de mode d'expression, apprendra à respecter les autres, je n'aurai plus l'occasion de m'excuser, de demander pardon", précise la présidente PS de la région de Poitou-Charentes au Parisien. "Tant qu'il continuera, je continuerai à défendre la République du respect !"
"On a honte d'être français"
Pour elle, "ce qui est en cause, c'est la réputation de la France, sur la scène internationale". Elle a cité à ce propos, dans son passage sur France 2 lundi soir, le général de Gaulle, François Mitterrand et Dominique de Villepin défendant devant l'Onu l'opposition de la France à la guerre en Irak. "On était fier d'être français, même si on ne partageait pas les mêmes opinions politiques", a-t-elle poursuivi. "Aujourd'hui, lorsqu'on lit la presse internationale, on a honte...", a-t-elle ajouté.
Elle souligne qu'elle a écrit au chef du gouvernement espagnol pour s'excuser de propos attribués à Nicolas Sarkozy parce que c'était "naturel" pour elle, et que José Luis Zapatero est "un ami". Dans Le Parisien, elle estime que "Nicolas Sarkozy, qui reçoit les journaux étrangers (...) aurait dû dire tout de suite que si ces propos avaient été mal interprétés, il s'en excusait."
Faisant allusion au porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre qui lui avait conseillé une "aide psychologique", Ségolène Royal s'insurge dans Le Parisien: "Mais dans quels régimes dit-on d'une opposante qu'elle est folle, pour la faire taire quand elle dérange ? Dans un régime démocratique ?"
"Est-ce qu'un responsable politique peut se comporter comme un voyou ?", accuse Ségolène Royal.
Une vive polémique
Dans une interview au Figaro de lundi, Brice Hortefeux, ministre du Travail et vice-président du conseil national de l'UMP, déclarait que Ségolène Royal devrait demander "pardon" pour toutes ses "bêtises". De fait, à l'UMP, le tollé a été immédiat, comme il l'avait été après la demande de "pardon" à l'Afrique, présentée à Dakar par l'ex-candidate à la présidentielle le 6 avril, pour un discours controversé prononcé en juillet 2007 par le chef de l'Etat dans la même ville.
Le patron de l'UMP, Xavier Bertrand, a qualifié Ségolène Royal de "spécialiste de la manipulation" ne cherchant qu'à "faire parler d'elle". "Elle se ridiculise et déshonore notre pays", a tonné pour sa part Yves Jégo. "Elle révèle sa vraie nature: une femme dévorée d'ambition qui n'admet pas le choix populaire de 2007", selon le porte-parole adjoint Dominique Paillé. Elle a besoin "d'une aide psychologique", a réaffirmé le porte-parole Frédéric Lefebvre.
"On a des commentaires machistes, extrêmement désobligeants", s'est insurgé le porte-parole du PS Benoît Hamon, en réaction aux attaques de Frédéric Lefebvre. Nicolas Sarkozy se comporte "de manière parfois grossière" et "très vantarde dans les sommets internationaux", a plaidé Benoît Hamon.
"Exercer le mandat de président de la République impose un devoir de maîtrise de son langage et de son comportement", a encore fustigé, sur son blog Désirs d'Avenir, l'ex-candidate socialiste à l'Elysée.
Ségolène Royal, "l'opposante la plus déterminée"
Les derniers propos incriminés, qui auraient été tenus jeudi dernier lors d'un déjeuner à l'Elysée avec des parlementaires, n'étaient pas publics et ont été infirmés par l'Elysée, ainsi que des invités, notamment de gauche (comme le président PS de la commission des Finances de l'Assemblée Didier Migaud). Selon Libération, qui cite des participants à ce déjeuner, Nicolas Sarkozy aurait dit de José Luis Zapatero qu'il "n'était peut-être pas intelligent" mais avait "gagné deux fois les élections". Il aurait également égratigné Barack Obama ou Angela Merkel, selon le quotidien.
L'ex-Premier ministre français Lionel Jospin a conseillé lundi à Nicolas Sarkozy de faire attention aux propos tenus "en off". "J'ai tendance à penser, compte tenu de ce que je vois et ayant été dans des fonctions proches, que ce qui a été rapporté par le journal Libération doit être exact à mon avis", a déclaré l'ancien Premier ministre à la radio publique Radio-Canada.
Au sein des socialistes, le ton est au soutien modéré. Et Jean-Christophe Cambadélis de se fendre d'une galéjade: "Si elle s'excuse à chaque fois que Sarkozy fait une boulette, elle va passer sa vie à genoux !"... Un autre responsable PS, cité par l'AFP, commente encore: "Semaine après semaine, elle descend dans les sondages. Elle n'apparaît pas en capacité de gêner Martine Aubry". Donc, dit-il, cela "ne nous pose aucun problème, c'est pour cela qu'on la banalise, on ne réagit pas." Un autre cadre du PS tient un discours opposé: le parti "est toujours en retard par rapport à Ségolène" et finalement "il n'a pas d'autre stratégie que de la suivre et cela, Ségolène le sait". Elle se pose en contre-présidente.
Jean-Marc Ayrault, président des députés socialistes, a reconnu, lui, dimanche, que "ce n'est pas le président du gouvernement espagnol qui a été mis en cause" par Nicolas Sarkozy et que "c'était plutôt", de la part de ce dernier, "une prise à revers pour tacler les socialistes français".
La polémique n'est pas sans conséquences pour le PS: "elle l'empêche de démarrer sa campagne des Européennes dans de bonnes conditions", affirme un dirigeant pour qui elle "centre le débat autour des questions personnelles de Sarkozy et Royal" et "relève de la petite phrase plutôt que de la confrontation de projets".
Selon le politologue Gérard Grumberg, l'initiative contribue à installer Ségolène Royal comme "l'opposante la plus déterminée à Sarkozy" mais en s'appuyant "sur des on-dit", elle "affaiblit son image de présidentiable".
Chercheur au CNRS, Dominique Wolton salue un "acte courageux" de la socialiste et estime que "Sarkozy ne s'interdit rien. Et Royal, consciemment ou inconsciemment, en fait autant".