Les juges d'appel d'Yvan Colonna ont identifié deux noms jamais apparus dans l'enquête, a affirmé lundi la défense
Le président Didier Wacogne a annoncé lundi l'"exécution" du supplément d'information ordonné jeudi.
Celui-ci vise à dévoiler les deux noms susceptibles d'avoir participé à l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998 en Corse et jamais inquiétées, dont Didier Vinolas, ancien colaborateur du préfet Erignac, assassiné en 1998, a révélé l'existence.
Même s'ils "peuvent apparaître de façon très périphérique dans la procédure", a affirmé l'un des avocats, Me Patrick Maisonneuve, ces deux noms "n'ont fait l'objet d'aucune exploitation dans le cadre des enquêtes" sur le plasticage de la gendarmerie de Pietrosella en 1997, puis sur l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998. Les deux crimes ont été attribués au même commando nationaliste dont Yvan Colonna serait l'un des sept membres d'après l'accusation. Les six autres sont sous les verrous depuis 1999.
Le procès avait été suspendu le jeudi 19 février pour permettre à deux magistrats d'enquêter sur les "révélations" de Didier Vinolas, ancien adjoint de Claude Erignac, qui ont un moment fait tanguer le procès.
Didier Vinolas ayant accusé le parquet général puis le président de la cour d'assises lui-même, auquel il avait envoyé un courrier, de ne pas avoir tenu compte des informations qu'il disait détenir, la défense y avait vu une preuve de la "déloyauté" et de la "partialité" des magistrats.
Il dénonce également les amitiés de certains protagonistes du procès avec le président de la République Nicolas Sarkozy. Sa demande de récusation du président de la cour d'assises spéciale de Paris, Didier Wacogne, a été cependant rejetée vendredi.
Pendant le supplément d'information, les assesseurs ont entendu l'informateur dont il ne voulait pas révéler le nom à l'audience. Il s'agit d'un ancien policier de la direction des Renseignements généraux, dont certaines sources policières ont livré un portrait peu flatteur et qui aurait voulu monnayer en 2002 des informations susceptibles de permettre l'arrestation du berger de Cargèse.
Pour la défense, si les nationalistes membres du commando qui ont mis en cause Yvan Colonna ont menti sur le nombre, peut-être ont-ils menti aussi sur l'identité du tireur. Yvan Colonna a toujours nié être l'assassin du préfet Erignac.
Rappelé quatre jours de suite à la barre, Didier Vinolas a refusé de livrer les noms de deux suspects, invoquant des "raisons de sécurité" et le risque de fuite des intéressés. Il a réaffirmé sur Europe 1 qu'il était prêt à les livrer dans un "cadre sécurisé", c'est-à-dire devant un juge d'instruction.
Hauts fonctionnaires auditionnés
La cour a interrogé mardi dernier l'ancien sous-préfet de Corte Jacques Nodin et Christian Lambert, l'ancien patron du raid, l'unité d'élite de la police qui a arrêté Yvan Colonna en 2003. Dans son témoignage, Didier Vinolas avait expliqué avoir entretenu Jacques Nodin de l'existence d'un informateur ayant des renseignements permettant d'arrêter Yvan Colonna ainsi que des noms d'autres suspects potentiels. Il avait également déclaré avoir dit en 2008 à Jacques Nodin sa volonté de dévoiler ces informations au procès et affirmé que ce dernier voulait déposer. A l'exception de la réalité de leur première rencontre, Jacques Nodin a nié l'ensemble des propos de Didier Vinolas.
Entendu lundi soir, l'ancien procureur général de Paris Yves Bot avait dit avoir contacté Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, pour lui faire part de l'existence de l'informateur de Didier Vinolas. Claude Guéant lui avait suggéré, a expliqué Yves Bot, de se rapprocher de Christian Lambert, lequel a de nouveau nié tout contact avec MM. Guéant ou Bot ou avec l'informateur.
Six membres des "anonymes", condamnés en 2003, sont sous les verrous. Yvan Colonna, rejugé depuis le début février par une cour d'assises spéciale à Paris, serait le septième d'après l'accusation qui s'appuie sur les dénonciations de quatre des six conjurés en 1999. Ceux-ci s'étaient ensuite rétractés faisant valoir des "pressions" policières. Colonna n'a cessé de clamer son innocence.
Yvan Colonna avait été arrêté en juillet 2003 après quatre années de cavale. Reconnu coupable en première instance d'avoir participé à l'assassinat du préfet et à l'attaque de Pietrosella, il a été condamné le 13 décembre 2007 à la réclusion criminelle à perpétuité.