
Les syndicats et l'opposition demandent des mesures pour l'emploi et le pouvoir d'achat
Le mouvement rassemble tous les syndicats et fédère tous les mécontentements et les inquiétudes face aux conséquences de la crise, dont la montée du chômage.
La grève perturbe les transports et les services publics mobilise aussi dans le secteur privé.
Outre les transports, de nombreux secteurs sont concernés par la grève: l'éducation, la justice, l'énergie, les banques. Des préavis ont aussi été déposés dans l'automobile, chez Auchan ou Virgin. Près de 200 manifestations sont organisées dans toute la France. A Paris, le défilé partira de la Bastille à 14h, en direction de la place de l'Opéra.
Le point sur les perturbations Concernant le trafic ferroviaire, la quasi totalité des syndicats de la SNCF (Le site de la SNCF pour les numéros utiles) ont appelé à cesser le travail. A la mi-journée, la grève était suivie par 36,7% des agents selon la direction, et 41% selon la CGT.
Durant la journée, plus de 60% des TGV en moyenne doivent circuler (à la mi-journée, entre 50% (Sud-Est et Atlantique) et 100% (Est) des TGV circulaient au départ ou à destination de Paris), plus de 40% des TER et 45% de Transilien. Un service normal pour les Eurostar, Thalys et Alleo, un train Lyria sur deux vers la Suisse, 30% des Corail et 40% des Corail Intercités.
Le trafic SNCF en région Provence-Alpes-Côte d'Azur était assuré ce matin à 40% sur le réseau TER.
Pour les TER, les régions les plus affectées sont la Normandie, le Centre, les Pays-de-Loire, Poitou-Charentes, l'Aquitaine, Midi-Pyrénées et la bourgogne avec 35% du trafic assuré.
A Paris, le trafic RATP était un peu meilleur que prévu ce matin pour les métros, bus et tramways, mais sur le tronçon sud du RER B, géré par la RATP, quasiment aucun train ne circulait. Sur la partie nord du RER B, exploitée par la SNCF, 35% du trafic est assuré.
Le RER C fonctionne à près de 40% sur la partie nord et 50% sur la partie sus, le RER D à 35% et le E à 65%. La SNCF annonce que 50% du trafic est assuré en Ile-de-France (RER et Transilien).
Le métro est fortement perturbé avec de trois rames sur quatre à une rame sur deux en fonction des lignes, à l'exception des lignes 1, 4, 7bis, 11, 13 et 14 où le trafic est normal.
Pour les bus, ce matin, le trafic était assuré à 85%. Les tramways T1, T2, le Trans Val de Marne, Orlybus et Roissybus vers les aéroports fonctionnaient normalement ou quasi normalement. Un T3 sur deux roulait.
Ce trafic un peu meilleur que prévu peut s'expliquer par une meilleure organisation de dernière minute ou par le fait que des agents qui se déclarent grévistes 48h00 à l'avance assurent finalement leur service, ce qui est permis par la loi sur le service minimum.
A Marseille, les deux lignes de métro sont fermées, 40% des bus circulent, ainsi que 60% des tramways.
A Lille, 8 bus sur 10 étaient sortis des dépôts à 07h00, 4 sur 10 à Villeneuve d'Ascq, Roubaix et Tourcoing, le tramway circulant à fréquence réduite. Le trafic des bus est assuré à 80% à Amiens, de 25% à 50% à Reims, 70% environ à Lens et quasi normalement à Valenciennes.
A Bordeaux, à 08h00, 1 tram sur 2 est prévu et seules les principales lignes de bus (une quinzaine) étaient assurées, avec des passages toutes les 15 à 20 minutes et quelques lignes assurées par un prestataire.
A Lyon, vers 08h00, les quatre lignes de métro fonctionnaient à 68% en moyenne, mais avec de grosses disparités, la ligne D (automatisée) fonctionnant à 97%, et la ligne B étant complètement à l'arrêt. Seuls 10% des tramways en moyenne circulaient sur les trois lignes. Les bus affichaient 26% en moyenne, avec 59 des 108 lignes totalement arrêtées.
Dans les airs A Air France, plusieurs appels à la grève ont été lancés. Côté aéroports, six syndicats de la Direction de l'aviation civile ont déposé un préavis. Les vols enregistraient environ une heure de retard à l'aéroport d'Orly et une demi-heure à celui de Roissy, jeudi matin, en raison du mouvement de mobilisation, mais également du brouillard qui perturbe le trafic aérien en Ile-de-France, a annoncé la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). La DGAC a également constaté que 35% des vols à Orly avaient été annulés préventivement par les compagnies du fait de la grève et ne disposait pas encore des chiffres pour Roissy. Mardi la DGAC avait recommandé aux compagnies aériennes d'annuler 30% des vols au départ ou à l'arrivée de l'aéroport d'Orly et 10% à Roissy. Le trafic long-courrier ne devrait pas être perturbé.
A l'Education nationale Quelque 47,92% des enseignants étaient en grève jeudi dans le primaire et 28,03% dans le secondaire, selon le ministère de l'Education, le syndicat FSU annonçant pour sa part 67,5% en primaire (SNUipp) et "pratiquement 60%" dans le secondaire (Snes).
Dans le primaire, la mobilisation est comparable à celle du 20 novembre, où elle avait été forte (48,62% de grévistes, selon le ministère, 69% selon le SNUipp). Elle est plus forte que le 20 novembre dans les collèges et lycées, puisque les professeurs en grève avaient été 21,26%, selon le ministère, et "plus de 50%", selon le Snes.
Selon le communiqué jeudi du ministère de l'Education, 34,61% de l'ensemble des personnels de l'Education étaient en grève. Si l'on ne prend que les enseignants, 36,82% étaient grévistes, avec, dans le détail, 47,92% dans les écoles maternelles et élémentaires et 28,03% dans les collèges et lycées. Le Snes-FSU, premier syndicat dans le secondaire, a affirmé à l'AFP que "pratiquement 60% des enseignants" étaient en grève ce jeudi matin, selon les remontées d'établissements constituant un "échantillon représentatif". Le SNUipp-FSU avait annoncé pour sa part 67,5% de professeurs des écoles en grève. A la Poste Près de 25% des postiers étaient grève jeudi matin à l'appel des syndicats FO, CFTC, Sud, CGT et CFDT, a annoncé la direction dans un communiqué, les syndicats CGT et Sud revendiquent eux "plus de 40% " de grévistes.
A EDF Environ 23% des salariés d'EDF étaient en grève jeudi à la mi-journée à l'appel des syndicats FO, CFTC, CGT, CFDT et CFE-CGC, a indiqué à l'AFP la direction.
Dans l'audiovisuel public Radio France et France Télévisions étaient fortement perturbés jeudi en milieu de journée, en raison d'un appel à la grève de l'intersyndicale, dans le cadre de la journée d'action interprofessionnelle lancée par huit confédérations syndicales. A Radio France, les stations France Inter, France Info et France Culture n'ont pas pu diffuser leurs programmes habituels. L'antenne du Mouv' a été perturbée à partir de 10h00 tandis que celle de France Musique était normale, a indiqué la direction de Radio France. Le taux de grévistes était estimé à 30,13% à la mi-journée, a-t-elle ajouté.
A la télévision, les journaux de la mi-journée de France 2 et France 3 devraient être perturbés par la grève, a-t-on indiqué à France Télévisions, qui ne disposait pas encore du taux de grévistes. Outre les revendications interprofessionnelles, les syndicats demandent notamment un "financement pérenne et dynamique" pour l'ensemble des sociétés de l'audiovisuel public, le "maintien du périmètre" de la télévision et de la radio publiques, ainsi que leur "indépendance politique, éditoriale et stratégique".
Les raisons du mouvement
Parmi les revendications: défense de l'emploi, du pouvoir d'achat et des services publics, refus que les salariés soient "les premières victimes de la crise". Tous les syndicats, même les plus modérés, exigent une relance par la consommation avec le soutien de partis de gauche déterminés à repasser à l'offensive et de nombreux réseaux et associations estimant que "ce n'est pas aux Français de payer la crise."
Ce mouvement est un test pour le monde syndical mais aussi pour le chef de l'Etat dont les propos en juillet avaient provoqué les foudres des leaders syndicaux, alors qu'il ironisait sur ces grèves "dont désormais personne ne s'aperçoit". Deux sondages montrent que le mouvement est soutenu ou compris par l'opinion (69% pour CSA, 75% pour Ifop).
| A Saint-Lazare, des usagers solidaires | "Une politique gouvernementale qui étrangle les plus pauvres" Le trafic des trains à la gare Saint-Lazare était ralenti jeudi matin mais la plupart des usagers interrogés par l'AFP à la sortie de trains bondés s'étaient organisés pour cette journée de mobilisation sociale, se disant souvent solidaires de cette grève "de défense des salariés".
"Quand la grève est prévue, que les trains circulant sont affichés la veille, on peut prendre nos dispositions", a expliqué Patrick Lainé, cadre administratif dans une société d'assurances située à Paris, qui a amené ses rollers pour rejoindre son bureau, près de Bercy (XIIe arrondissement). M. Lainé, âgé de 42 ans, qui vient de l'Eure et s'est levé à 05h30 pour arriver vers 08h00 à Paris, est "favorable au mouvement de protestation nationale" de jeudi. "Je ne peux pas manifester en raison des pressions que je subirais ensuite à mon travail", assure-t-il, mais il se dit "satisfait que d'autres puissent protester pour moi contre la politique du gouvernement qui étrangle les plus pauvres et les classes moyennes".
Sandrine Dermont, secrétaire dans une centrale d'achat, partage ce sentiment. "Je suis fatiguée et frigorifiée d'avoir attendu une demi-heure sur mon quai de gare à Triel (Yvelines)", avoue cette mère de famille de 34 ans. "Mais je suis prête à l'accepter quand c'est pour un mouvement de défense du pouvoir d'achat et des emplois", ajoute Mme Dermont qui "ira manifester contre la politique de cadeaux aux plus riches du gouvernement sur son heure de pause".
Olivier Sanson, 51 ans, employé dans une société d'agroalimentaire qui a "beaucoup licencié en profitant de la crise" est également "prêt à affronter la galère des transports" pour que "le mécontentement contre cette politique de mépris de ceux qui travaillent dur depuis leur plus jeune âge s'exprime".
"Les usagers qui descendent de ces trains sont tous inquiets pour leurs emplois, l'avenir de leurs enfants, le remboursement de leur crédit...", renchérit Lydie Renaud, 45 ans, comptable venant de Versailles. "Je n'ai jamais été aussi solidaire d'une grève", dit-elle.
Ainsi, la poignée de militants de "Stop la grève" ne faisaient pas recette jeudi matin en gare de St Lazare avec un discours, jugé "assez agressif et démagogiques" par plusieurs usagers, sur le thème des "privilèges des agents de la SNCF". "Quand tu auras un boulot, tu vas voir que c'est souvent une question de survie de pouvoir le défendre", s'écriait notamment un jeune cadre cravaté face à un étudiant distribuant des affichettes sur le "ras-le-bol des usagers" et se disant "proche de l'UMP". |  |
| La mobilisation secteur par secteur | Fonction publique: les 8 organisations syndicales appellent à participer à la journée d'action
SNCF: tous les syndicats sauf l'Unsa ont déposé des préavis de mercredi 20h à vendredi 8h
RATP: six syndicats sur huit ont appelé à la grève
Transports urbains: des préavis ont été déposés dans au moins 77 villes
Aérien: les syndicats Alter, CFDT, CFTC, CGT, UGICT/CGT, CFE/CGC, FO CIFO, SNMSAC Unsa, Unsa Aérien du groupe Air France appellent à la mobilisation et à des arrêts de travail
Justice: les sections CGT, CFDT, FSU, Usaj-UNSA du ministère de la Justice, le Syndicat de la magistrature (SM) et le Syndicat des avocats de France (SAF) ont appelé à la mobilisation contre "le démantèlement du service public de la justice". FO-magistrats a prévu des rassemblements dans les palais de justice et l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a appelé à s'associer à la journée.
Audiovisuel public: 11 syndicats appellent à la grève
France Télécom et Orange: six syndicats ont déposé des préavis
La Poste: tous les syndicats appellent à la grève, il ne devrait pas y avoir de perturbation dans la distribution du courrier
Energie (EDF, GDF Suez...): l'intersyndicale appelle les salariés à "agir massivement)
Chômeurs: AC!, l'Apeis et MNCP appellent à manifester
Médecins des hôpitaux: quatre intersyndicats appellent à la mobilisation
Pôle emploi (qui remplace l'ANPE et les Assedic), quatre syndicats appellent à la grève. A l'AFPA, tous les syndicats appellent à cesser le travail.
Ports: la CGT appelle à des arrêts de travail de 24 heures.
DCNS (Direction des constructions navales): l'intersyndicale appelle à participer à la journée de mobilisation contre une "filialisation tout azimut".
Banques: cinq fédérations appellent à participer à la mobilisation. A la Banque de France, tous les syndicats appellent à la grève.
Des préavis de grève ont aussi été déposés chez Renault, chez PSA, chez Auchan, chez les pilotes d'hélicoptère, chez les employés des remontées mécaniques des cinq massifs français, chez NYSE-Euronext, chez Virgin.
Enfin, les retraités sont appelés par leurs syndicats à "se mobiliser en masse" |
|
|
|  |
| Les réactions | - Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) François Bayrou a affirmé jeudi qu'il comprenait et partageait "l'inquiétude" que traduit, selon lui, la journée de grèves et de manifestations, face à un gouvernement qui "parle mal aux Français". "Il faut dire que ça ne va pas, que ce n'est pas acceptable et je suis sûr que beaucoup de Français, en manifestant aujourd'hui, disent aussi que la manière dont on les gouverne, ne les respecte pas", a affirmé M. Bayrou sur France 2. "Les Français ont l'impression qu'on leur parle mal, qu'on les prend pour cibles, alors qu'on devrait les soutenir", selon le député des Pyrénées-Atlantiques. Il a accusé Nicolas Sarkozy de vouloir "mettre la main" sur "tout ce qui est aujourd'hui indépendant", aussi bien dans le domaine de la justice, de l'audiovisuel qu'au Parlement.
- Olivier Besancenot, le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire a estimé que "la vraie motion de censure a lieu dans la rue" ce jeudi avec la journée de grèves et de manifestations organisée à l'appel de l'ensemble des organisations syndicales. "Je fais partie de ceux qui pensent qu'aujourd'hui la vraie motion de censure, elle a lieu dans la rue. Je pense qu'aujourd'hui c'est une journée à la fois sociale et politique", a déclaré M. Besancenot sur Europe 1, en référence à la motion de censure socialiste contre le gouvernement qui a été rejetée mardi à l'Assemblée nationale. "Aujourd'hui, il y a aura des caissières de supermarché dans la rue, des ouvriers de l'automobile (...) Ce n'est pas un défilé traditionnel, il y a un contexte particulier", a-t-il dit. Selon lui, "c'est évident qu'une journée (de grève) ne suffira pas". |
|