Le ministre du Travail Xavier Bertrand reçoit aujourd'hui les partenaires sociaux, autour de la réforme des retraites
Quatre ans après la loi Fillon de 2003, le gouvernement entame une "concertation" avec les syndicats (CFE-CGC, CFDT, CGT, FO et CFTC) et le patronat (CGPME, Medef et UPA) sur l'allongement à 41 ans de la durée de cotisation d'ici 2012, un point de plus en plus contesté par les syndicats.
L'indexation des pensions sur les prix pourrait être évoquée.
A la veille de la série de rencontres bilatérales, le ministre s'est dit partisan de "changer le système de fixation des pensions parce que nous garantissons aujourd'hui le pouvoir d'achat pour les trois années passées, mais ce qui intéresse les retraités ce sont les 12 mois qui viennent". "Nous devons changer ces règles et faire en sorte que dès 2008 le pouvoir d'achat de l'ensemble des retraités soit garanti", a-t-il poursuivi à l'Assemblée nationale.
Dans L'Express de jeudi, le Premier ministre François Fillon se prononce lui aussi pour un "nouveau mode d'indexation" des retraites sur les prix. "Aujourd'hui, elle se fait avec un an de décalage, une fois l'inflation constatée", relève-t-il. "Nous allons proposer un nouveau mode d'indexation, plus proche de la réalité, dans le cadre du rendez-vous d'avril sur les retraites, et nous prendrons une décision dans la foulée", explique M.Fillon.
Les réformes Balladur de 1993 et Fillon de 2003 ont globalement rendu le calcul des retraites moins favorable, notamment pour les carrières incomplètes, mais c'est surtout la première qui a produit l'érosion la plus significative du niveau des pensions dans le secteur privé. Les syndicats demandent des mesures pour atténuer cette dégradation.
L'allongement à 40 ans de la durée de cotisation, pour une retraite à taux plein (50%), a constitué la mesure phare de 1993, étendue aux fonctionnaires en 2003. Mais d'autres dispositions ont eu un impact au moins aussi fort. La réforme Balladur "a induit une baisse du niveau des pensions par rapport à celui des revenus d'activité au fil des générations", a relevé vendredi le Conseil d'administration de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav). Elle a en effet porté de 10 à 25 le nombre des meilleures années prises en compte pour définir le salaire annuel moyen à partir duquel est calculé la pension.
En outre, depuis 1993, ce salaire annuel moyen, au moment du départ à la retraite, est actualisé en fonction de l'inflation, et non plus, comme précédemment, selon l'évolution de l'ensemble des salaires, ce qui était plus favorable. De même, les pensions elles-mêmes sont ensuite revalorisées parallèlement aux prix et non aux salaires. Des facteurs d'érosion auxquels est venue s'ajouter l'évolution négative des pensions des régimes complémentaires depuis 1996.
Un sondage
Plus de six Français sur 10 estiment que la durée de cotisation doit être allongée de 40 à 41 ans pour assurer l'avenir du système des retraites, mais ils sont aussi nombreux à souhaiter le maintien de l'âge légal à 60 ans, selon un sondage de l'institut CSA publié jeudi. 62% des personnes interrogées pensent que le passage de la durée de cotisation de 40 à 41 ans d'ici 2012 est "nécessaire", selon cette enquête effectuée à la demande du Cercle des épargnants. 61% jugent que c'est "acceptable" et 59% que c'est "inévitable".
Dans le même temps, 63% des Français jugent qu'on peut maintenir l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans, contre 32% qui estiment qu'il faut le repousser à 62 ans. La proportion des personnes qui se disent inquiètes sur leurs retraites a diminué par rapport à mars 2007, passant de 64% à 61%. 26% se disent confiantes. Le pourcentage de personnes qui épargnent pour financer leur retraite est en hausse, passant de 49% en 2007 à 54% en 2008. La proportion de Français qui n'épargnent pas est passée de 50% à 45%. Parmi ces derniers, la proportion de ceux qui ont l'intention d'épargner d'ici leur départ à la retraite est de 56%, en hausse de 2 points par rapport à 2007 mais en baisse de 11 points par rapport à 2006. Ceux qui n'ont pas l'intention d'épargner sont 39% (-5 points par rapport à 2007 mais +7 points par rapport à 2006).
Selon les auteurs de l'enquête, il y a un "risque de césure sociale (...) entre ceux qui épargnent et parviennent même modestement à le faire et ceux qui ne le pratiquent pas". 47% des personnes interrogées souhaitent que pour développer les modes d'épargne-retraite, le gouvernement adopte des mesures d'incitation "collective" par les entreprises, contre 26% qui souhaitent des mesures "individuelle, permettant à chacun de décider de l'ampleur et du rythme de ses efforts".