La Direction générale de la concurrence et de la consommation (DGCCRF) a lancé mardi son enquête contre le boom des prix
"L'enquête est menée dès aujourd'hui (mardi) dans les centrales d'achat pour vérifier les tarifs (prix auxquels les distributeurs achètent les produits, ndlr) de 20 produits alimentaires courants dans les 6 principales enseignes nationales", a précisé la DGCCRF.
En parallèle, des vérifications des prix de vente doivent être faites dans les magasins.
Face à la hausse spectaculaire des prix des produits alimentaires, dont l'ampleur a été pointée par "60 millions de consommateurs", le Premier ministre François Fillon avait annoncé lundi une "opération coup de poing" dès mardi. Objectif : "Voir où sont les abus" qui ont conduit à cette flambée. Le chef du gouvernement a dénoncé des "abus de la part des industries et des distributeurs".
Mardi, Nicolas Sarkozy a renchéri, affirmant vouloir "porter le fer là où ça fait mal" pour tenter de remédier à la hausse des prix. "Il y a une (...) question dont je vais me saisir et qui n'est pas normale, c'est l'évolution des prix, notamment dans les grandes surfaces. Ce n'est pas normal ce qui se passe", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une visite d'une usine de produits parapharmaceutiques à Saint-Bonnet-de-Rochefort. "J'ai demandé une enquête à Christine Lagarde (...) On va porter le fer là où ça fait mal parce qu'il n'y a aucune raison que les Français se voient rogner une partie de leur pouvoir d'achat sur des hausses de prix qui ne correspondent ni à une réalité dans le processus de fabrication, ni à une équité compte tenu de la concurrence dans notre pays."
Mardi, le Premier ministre avait estimé qu'"il y a manifestement des abus de la part des industries et des distributeurs qui profitent (des) hausses des matières premières agricoles pour accroître leur marge". Il s'exprilmait à l'issue d'une réunion d'urgence à Matignon avec les ministres de l'Economie, Christine Lagarde, de l'Agriculture, Michel Barnier, et Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la Consommation. Les services de Bercy entendent mener une enquête qui ferait "toute la transparence sur la part des hausses attribuables aux cours internationaux d'une part, et aux marges de transformation, d'intermédiation et de distribution, d'autre part" et identifierait "les abus", pour "expliquer les raisons des prix plus élevés en France que chez nos voisins européen".
Le Premier ministre a par ailleurs demandé la publication dès le 10 mars "des premiers résultats de l'Observatoire des prix et des marges", créé en novembre 2007.
La réforme de la loi Galland inefficace En décembre, une réforme de la loi Galland, qui régit les relations entre distributeurs et industriels, est intervenue. Il y a quelques mois, le secrétaire d'Etat à la Consommation Luc Chatel avait estimé que cette réforme entraînerait une baisse des prix de 3% à 7% sur les produits de grandes marques. Lundi, il a refusé de donner des prévisions, mais selon lui, les prix en France sont "5% plus chers en moyenne que les autres pays européens dans la grande consommation".
Jusqu'à 48% de hausse des prix Dans son numéro de mars, le mensuel "60 millions de consommateurs" fait état de hausses de prix jusqu'à 48%, entre novembre et janvier, en particulier sur les aliments à base de lait et de céréales. Beurres, yaourts, pâtes, céréales, biscottes, pains de mie, riz et autres jambons: "60 millions de consommateurs", en kiosque depuis ce mardi 26 février, détaille les hausses de prix qui se sont envolés de 5% à 48% ces trois derniers mois, avec une flambée plus prononcée au début janvier. Ainsi, sur 1.055 références de produits laitiers et céréaliers comparés par l'observatoire de l'INC chez Carrefour, Auchan, Leclerc, Intermarché ou Hyper U, près de la moitié ont augmenté, dont 200 de plus de 10%, alors que dans le même temps moins de 60 références ont baissé "de quelques pour cent". Les hausses ont été enregistrées tant pour les produits de grandes marques, que pour les marques de distributeurs (MDD).
Les socialistes pour une baisse de la TVA Le PS a demandé une nouvelle fois, lundi, une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité et "une véritable transparence sur les prix". Celle-ci devrait s'instaurer par une révision des relations entre les producteurs et la grande distribution. Le PS souhaite d'autre part que le pouvoir d'achat soit "au coeur du débat politique", a déclaré Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande.
Julien Dray, le porte-parole du PS, a lui jugé "décevantes" les décisions annoncées par François Fillon. "Il n'y a rien dans l'immédiat qui peut produire des effets réels attendus, si ce n'est la croyance mythique, que par la simple concurrence et le rappel à l'ordre, les grands groupes industriels de l'agroalimentaire ou de la grande distribution vont prendre peur."
Une flambée injustifiée, selon l'INC Si la flambée des prix des matières premières est bien réelle, elle "ne peut justifier des hausses d'une telle ampleur", souligne Marie-Jeanne Husset, directrice de rédaction de "60 millions". "Le prix du lait ne représente que le tiers du prix final du yaourt. Comment expliquer que certains yaourts aient augmenté de 40% ?", s'étonne-t-elle.
Distributeurs et industriels s'accusent mutuellement de la flambée des prix. Le patronat des PME (CGPME), qui rappelle que les cours du blé ont grimpé de 72% et des oeufs de 36% en un an, estime que les industriels "n'ont d'autre choix que de répercuter" ces hausses, mais rend les distributeurs "coupables" de la flambée. Le patronat des distributeurs (FCD) rétorque que "certaines hausses de tarifs d'industriels ne sont pas justifiées". "Il y a une manipulation dans le discours des industriels et des distributeurs. La hausse des matières premières profite aux uns et autres", estime encore Mme Husset.
Le Medef veut des prix "vrais" Pour sa part, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a estimé que face à cette flambée des prix, il fallait "créer les conditions d'une concurrence totale" pour arriver "au prix vrai".
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