Les apiculteurs venus manifester jeudi à Paris vont devoir cohabiter avec l'insecticide Cruiser
Le ministre de l'Agriculture Michel Barnier qui les a reçus a refusé de revenir sur l'autorisation du Cruiser délivrée pour un an le 8 janvier dernier.
Les apiculteurs qui réclamaient l'interdiction du Cruiser "tueur d'abeilles" vont toutefois être associés aux mesures de surveillance de l'insecticide contesté.
Les pancartes des manifestants (900 selon la police) "je ne suis pas un happy-culteur", "Cruiser-killer", parfois en tenue, enfumoir à la main, ou déguisés en abeilles, ont touché les Parisiens sans convaincre les autorités.
Michel Barnier a promis des mesures de "suivi et de surveillance", des parcelles et des ruchers, à titre expérimental en Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées et Aquitaine, en concertation avec les apiculteurs et les ONG vertes.
Le président de l'union nationale de l'Apiculture française (UNAF) Henri Clément, a indiqué qu'il restait "à élaborer les protocoles: nous avons demandé la participation du ministère de l'Ecologie qui nous l'a promise".
Devant la foule massée sous la Tour Eiffel jeudi matin, M.Clément avait interpellé le ministre Jean-Louis Borloo, l'appelant à se "ressaisir pour que le Cruiser ne reste pas comme une tache sur le Grenelle" de l'environnement.
"A quoi sert l'Union européenne si l'expérience d'un pays ne sert pas aux autres? L'Italie a perdu des milliers de ruches l'an dernier avec le Cruiser", s'interrogeait Chantal Boyer-Lambert, venue du Lot-et-Garonne en laissant ses 224 ruches.
Qu'est-ce que le Cruiser ?
Le Cruiser, fabriqué par la firme suisse Syngenta, est un insecticide d'enrobage des semences dont la molécule active, le thiamétoxam, appartient à la famille des neurotoxiques.
Mode de fontionnement du Cruiser: " insecticide systémique, il diffuse dans toute la plante via la sève". Comme il reste actif très longtemps dans le sol et l'eau, on retrouve au bout du compte sa trace dans toute la chaîne alimentaire, a expliqué François Veillerette du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF).
L'UNAF s'est tournée le 29 janvier vers le Conseil d'Etat pour réclamer son interdiction. Car les apiculteurs dressent le parallèle avec deux autres insecticides, le Gaucho et le Regent, incriminés dans la mortalité anormale des abeilles avant d'être interdits.
Mobilisation des défenseurs de l'environnement
Pour la première fois, les principales associations de défense de
l'environnement qui ont participé au Grenelle se sont mobilisées jeudi aux côtés des apiculteurs, comme la fédération France Nature Environnement (FNE), la Ligue de Protection des oiseaux (LPO), ou la coalition Alliance pour la planète.
De son côté, Allain Bougrain-Dubourg, de la LPO, a révélé: "Nous aurions dû le faire plus tôt, car les abeilles, indicateurs de la biodiversité, ont subi un effondrement de 30 à 40% de leurs populations en zone agricole: il y a davantage de vivant, ici dans cette ville, qu'à quelques kilomètres d'ici où se pratique l'agriculture intensive qui emploie des produits violents".
Pour sa part, Francis Chauvancy, représentant des agriculteurs du Centre et de l'Ouest (SAPCO) a prévenu: "C'est la dernière fois qu'on se déplace pacifiquement: quand c'est trop, c'est trop".