Mort à 62 ans, il avait redressé d'une main de fer le groupe Elf et participé au sauvetage d'Alstom
Intransigeant, provocateur et cassant, Philippe Jaffré est devenu patron d'Elf Aquitaine en 1993 quand le Premier ministre de l'époque, E.Balladur, le charge de privatiser un groupe à l'image ternie par les "affaires" de détournement de fonds.
En 1999, il quitte une entreprise assainie mais se trouve au coeur d'une polémique sur ses indemnités.
Afin de solder l''héritage des affaires d'Elf, il confie le dossier à la justice, provoquant la mise en examen de son prédécesseur Loïk Le Floch-Prigent et d'autres personnalités, dont l'ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas.
En 1999 le montant de ses indemnités de départ et des plues-values de stock-options est estimé par la presse dans une fourchette allant de 6 millions d'euros à plus de 30 millions. M.Jaffré ne divulgue pas le montant de ce qu'il empoche et attise la polémique en qualifiant de "banales" ses indemnités.
Patron respecté, il n'a pas su se faire aimer par ses troupes. Il a notamment pâti de son caractère entier et de sa formation de financier au sein d'un sérail d'ingénieurs soudés par une forte solidarité de corps.
On lui prête parfois cette expression brutale: "le monde se divise en deux, celui des inspecteurs des finances... et les autres".
Sous sa présidence, Elf a multiplié ses résultats par six, réduit son endettement et ses coûts d'exploitation, triplé sa capitalisation boursière à 60 milliards d'euros, en faisant progresser le cours de l'action.
L'OPE de TotalFina, une blessure à vif Sa démission a marqué l'épilogue d'une longue et rude bataille boursière, qui a vu son groupe absorbé par son rival franco-belge TotalFina, dirigé à l'époque par Thierry Desmarest, actuel président non exécutif de Total.
Il avait tenté de s'opposer à l'offre publique d'échange (OPE) lancée par TotalFina sur son groupe grâce à une contre-attaque sur TotalFina avant de jeter l'éponge.
A priori, rien ne prédisposait cet inspecteur des Finances, major de sa promotion de l'ENA en 1973, à coiffer la casquette de capitaine d'industrie, après avoir fait ses preuves dans la haute fonction publique et la banque.
Il est l'un des artisans du succès de la première vague de privatisations en 1986 au sein de la direction du Trésor. En 1988, il quitte le Trésor pour le Crédit Agricole, après un passage éclair à la banque Stern. De 1999 àà 2002, il préside l'éphèmère banque en ligne, Zebank, du groupe Arnault.
Sa dernière tâche, et non la moindre, consiste à participer au sauvetage du groupe industriel Alstom qu'il rejoint en 2002 comme conseiller des PDG Pierre Bilger puis Patrick Kron, avant d'en devenir le directeur financier. Il en était jusqu'à son décès le vice-président exécutif.
Alstom est passé au bord de la faillite en 2003, avant que l'Etat ne vole à son secours, prenant 21% de son capital et négociant avec Bruxelles une sévère cure d'amaigrissement.
Marié et père de trois enfants, il était un grand amateur de golf. |