L'ex-Premier ministre PS est sollicité pour diriger un comité sur la revalorisation du métier d'enseignant
C'est ce qu'a annoncé mercredi l'Education nationale, confirmant une information du site internet du Monde.
"Lorsqu'un exécutif se met dans la tête de recueillir l'avis de l'opposition et de se faire d'une question une idée aussi exhaustive que possible, c'est un devoir de démocrate que d'accepter", explique Michel Rocard sur le site du quotidien.
"Je suis requis parce que je suis socialiste et que je le reste", ajoute-t-il.
Le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, devrait commenter "le symbole que constitue l'acceptation par Michel Rocard de se porter caution" de la concertation sur le métier d'enseignant, promise par Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale, rapporte le site. Le comité chargée de cette mission sera donc placée "sous la haute autorité" du dirigeant socialiste.
Cette affaire montre que le président Nicolas Sarkozy poursuit sa politique d'"ouverture" (de "débauchage individuel", dit-on au PS), menée notamment vers la gauche. Celle-ci lui a notamment permis de nommer au gouvernement les socialistes Bernard Kouchner (Affaires étrangères), Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes), Eric Besson (Prospective) ou Jean-Marie Bockel (Coopération), ainsi que la responsable de "Ni putes ni soumises" (Politique de la ville). L'ex-responsable d'Emmaüs, Martin Hirsch, lui aussi de sensibilité de gauche, a été nommé "Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté".
Un signe vis-à-vis du monde enseignant La nomination de Michel Rocard à la tête de ce comité est une main tendue vers le monde enseignant et ses syndicats, sociologiquement et électoralement de gauche. Ceux-ci ont vivement critiqué les quelque 11.000 suppressions de postes programmés pour la rentrée 2008.
En juin, le nouveau chef de l'Etat avait déjà fait un geste vis-à-vis des "profs" en abrogeant un décret très contesté de Gilles de Robien (ex-ministre de l'Education nationale). Lequel supprimait des décharges horaires des enseignants du secondaire. Nicolas Sarkozy avait aussi déclaré sa "passion" pour l'éducation. "Nous sentons clairement une volonté de séduction du monde enseignant", commente (sur le site du "Monde") un responsable de la FSU, syndicat majoritaire.
L'évolution de Michel Rocard Pour autant, l'affaire témoigne de l'évolution politique et personnelle de l'ancien Premier ministre de François Mitterrand, aujourd'hui âgé de 77 ans, toujours marginalisé dans son propre parti en raison de son "parler vrai" notamment sur les questions économiques. Il a souvent critiqué le PS pour son "irréalisme" sur ces questions.
Dans une interview au "Parisien" du 24 août dernier, il dénonçait la "déshérence de la gauche française". Il y expliquait que "le PS français n'est plus pour un paquet d'années en situation de gouverner, à la différence de la plupart des autres partis socialistes européens". A ses yeux, "ce parti est né en 1905 sur une ambiguïté qu'il n'a jamais levée : il ne sait toujours pas s'il doit accepter l'économie de marché où s'il doit 'tout casser'. Résultat: (...) on vient de perdre non pas une mais trois élections présidentielles de suite parce qu'on ne sait plus quoi dire."
Par ailleurs, dans un entretien paru le 26 juillet dans "Paris Match", Michel Rocard a confirmé qu'il avait demandé en mars dernier à Ségolène Royal, la candidate du PS, de se retirer en sa faveur au motif qu'"elle était fichue". "Je savais que je restais toujours parmi les cinq ou six socialistes en tête des sondages", estimait-il alors. Et d'ajouter, un brin perfide: "le charme et l'innovation ne jouent en rien (...) pour aider à la paix au Moyen-Orient et à la stabilisation du dollar et de l'euro."
L'ancien Premier ministre n'en critiquait pas moins récemment l'actuel gouvernement. Dans son entretien à "Paris Match", il se disait "très effrayé par la ligne économique et financière" du président Nicolas Sarkozy. Il dénonçait notamment la "technique du dégagement de l'impôt pour les plus riches, qui sont ceux qui consomment le moins".
En février, en pleine campagne présidentielle, il estimait dans "L'Express" que "Nicolas Sarkozy (était) un danger public". "Cet homme incarne la vraie droite. Intellectuellement, il est dans la philosophie de l'optimum des marchés et de la disparition de la régulation étatique", ajoutait-il alors.
A la suite de son accident cérébral en Inde le 30 juin, il avait notamment reçu un appel de Nicolas Sarkozy. "Il a souhaité me revoir en bon état. (...) Il a été charmant", avait expliqué le député socialiste européen. |