La ministre de l'Intérieur a demandé lors d'une réunion de travail l'interdiction de "certains croisements de chiens" Michèle Alliot-Marie avait fixé ce rendez-vous à la suite de la mort dimanche d'une fillette de 18 mois qui avait été mordue au visage par un American Staffordshire terrier le 19 août à Epernay (Marne).
"J'ai demandé une meilleure prévention notamment dans la sphère privée et "familiale", a précisé la ministre lors d'un point de presse place Beauvau
La réunion concernait "l'évaluation de la législation" sur les chiens dangereux et "les mesures à envisager".
La ministre a ainsi décidé d'interdire "de procéder à certains croisements de chiens" dangereux avec une autre race qui le serait moins, citant comme exemple un "croisement de labrador avec un boxer".
Elle n'a pas l'intention, a-t-elle dit, de changer la législation sur les chiens dangereux ni de les interdire purement et simplement après le drame d'Epernay qui a impliqué un chien de race american Staffordshire terrier, chien d'attaque, né du croisement du bouledogue et du terrier.
Le Premier ministre François Fillon avait demandé dimanche soir de durcir la législation en vigueur : "Il faut maintenant mettre en place des réglementations beaucoup plus sévères parce qu'il n'y a pas de raison de laisser courir des risques à des enfants, à des personnes, simplement pour faire plaisir à des gens qui veulent entretenir des chiens qui n'ont pas leur place dans la société, dans la ville".
Mme Alliot-Marie a rappelé qu'il y a eu trois textes de loi en 1999, 2001 et 2007. "Le problème est de savoir s'il y a des lacunes" dans cette législation, a-t-elle dit, "et pourquoi ?".
Elle a donc demandé une "évaluation de la mise en oeuvre de ces trois lois" et ajouté qu'elle entendait "prendre de nouvelles dispositions législatives", dont l'interdiction de croisement de race, "dans les jours qui viennent".
Sur ce chapitre, elle a aussi demandé des "contrôles plus importants de l'importation" des chiens dangereux venant notamment d'Europe de l'Est, selon elle.
Mme Alliot-Marie veut en outre "améliorer le contrôle du commerce des chiens" dangereux et qu'un vétérinaire intervienne "au moment de la vente".
Elle entend également développer la formation des propriétaires des chiens qu'ils soient de catégorie 1 (d'attaque) ou 2 (de garde ou de défense).
Elle va envoyer une circulaire aux préfets afin que ceux-ci soient vigilants et interviennent, sur la voie publique, dans les communes où les maires n'auraient pas pris de mesure contre les chiens dangereux comme le permet la loi.
La ministre de l'Intérieur a évoqué le cas d'Epernay mais aussi "trois" autres cas récents, de blessures occasionnées par des chiens dangereux, sans entrer dans leur détail.
Trois personnes ont été hospitalisées à Cambrai (Nord) lundi, au moment où débutait la réunion du ministère de l'Intérieur, après avoir été mordues par leur rottweiler. Un homme a été mordu au bras et au flanc par un autre rottweiler échappé du jardin de son voisin dimanche à Mulhouse (Haut-Rhin).
La SPA s'inquiète La Société protectrice des animaux (SPA) craint en effet, de son côté, que "des décisions hâtives soient prises sous le coup de l'émotion suscitée" par la mort de l'enfant. "Ce terrible accident rappelle combien il est important qu'une véritable politique de moralisation du commerce des animaux de compagnie soit menée, en parallèle à une action de sensibilisation auprès des maîtres ou futurs maîtres", a souligné dimanche la présidente de la SPA, Caroline Lanty.
Défigurée par un chien le 19 août dernier, l'enfant de 18 mois a succombé à ses blessures dans la nuit de samedi à dimanche, à l'hôpital de Reims. L'animal qui l'avait mordue, de race American Staffordshire (croisement du bouledogue et du terrier), devrait être euthanasié. L'enfant avait été mordue chez elle. Le chien a agi subitement alors qu'elle ne jouait pas avec lui. Sa mère gardait pendant quelques heures l'animal, qui appartenait au compagnon de sa soeur. L'animal devrait être euthanasié.
La colère du maire d'Epernay Interrogé par l'AFP, le maire UMP d'Epernay Franck Leroy s'est dit "en colère" en ajoutant qu'il fallait "qu'on prenne une décision pour faire disparaître du territoire national ce type de chiens" qui ont été introduits en France "il y a 25 ans et sont à l'origine de multiples accidents domestiques ou non domestiques".
Il a dit souhaiter que "ce type de chiens soient systématiquement euthanasiés". Il a indiqué avoir adressé un courrier à ce sujet à la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, à celui du Travail, Xavier Bertrand, et aux parlementaires marnais. "Je veux surtout voir disparaître ces chiens de nos villes. Ils ne rapportent que des ennuis."
Les accidents dus aux chiens sont nombreux. Depuis 1989, on recense en France 28 personnes tuées par des chiens, la plupart des victimes étant des enfants ou des personnes âgées. Le 11 juin 2006, c'était déjà un American staffordshire qui avait tué une fillette de 17 mois dans sa poussette à Sevran (Seine-Saint-Denis), lors d'un dîner familial. Réactions sceptiques des spécialistes
Aucune réglementation sur la détention ou la reproduction des chiens dits dangereux ne résoudra le problème, chaque chien étant potentiellement dangereux pour les enfants en bas âge, a estimé lundi un expert du comportement canin.
"Interdire certains croisements est sans intérêt et n'a aucun sens du point de vue génétique", assure Jean-François Courreau, professeur d'ethnologie et de génétique canines à l'Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort en région parisienne.
"Mettre à l'index un type racial est une erreur de base. Ca ne résoudra pas le problème du grand labrador ou du caniche qui mord un enfant", a estimé le Pr Courreau, interrogé par l'AFP.
"Mieux vaut commencer par matraquer l'information sur les risques encourus en présence d'un chien et rappeler, règle numéro un, qu'on ne laisse jamais un enfant seul avec un chien".
A ses yeux, le problème principal est "la détention de molosses ou de pittbulls par des particuliers qui ne connaissent rien aux chiens. Entre un chihuahua et un pittbull, l'un ne mord pas plus que l'autre. Mais les chiens de grand gabarit et à forte musculature causent évidemment davantage de dégâts quand ils mordent", ajoute-t-il.
"Aucune réglementation ne donnera la clé du problème, la seule solution c'est l'information du public", affirme cet expert.
Des élevages sans contrôle La Société protectrice des animaux (SPA) s'interroge surtout sur les capacités à faire réellement appliquer une telle réglementation.
"Limiter les croisements ne résoudra pas le problème et va être difficile à gérer et à contrôler", s'inquiète sa présidente, Caroline Lanty, qui se félicite malgré tout de la "volonté du ministre d'avancer sans précipitation et dans la concertation".
Or, selon elle, les élevages sans contrôle sont légion : "Là où on comptait 15 annonces de vente de chiots il y a cinq ans, aujourd'hui on en a quatre pages. Depuis des années, on signale des élevages véreux mais on ne peut faire qu'un rapport, jamais suivi d'effet".
"Les propriétaires se réservent les plus agressifs pour les combats et vendent les autres chiots entre 300 et 800 euros à des particulieurs peu responsables et ignorants du danger", déplore-t-elle.
Une éventuelle formation spécifique pour les candidats à l'acquisition de ces chiens dits dangereux devrait être, selon ces experts, assortie de la possibilité de refuser l'agrément à certains particuliers : "Une telle formation devra obligatoirement être sanctionnée par un oui ou un non", insisté Mme Lanty. |