Libération publie le 22 juin une pétition contre l'intitulé du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale
En protestation contre ce qu'ils qualifient d' "acte fondateur de [la] présidence [Sarkozy]" et qui reviendrait à inscrire "l'immigration comme problème pour la France et les Français dans leur être même", 188 personnes ont signé, à l'initiative de chercheurs et d'historiens, une pétition contre l'intitulé du ministère de Brice Hortefeux, .
"En tant que citoyens, ce rapprochement nous inquiète car il ne peut que renforcer les préjugés négatifs à l'égard des immigrés. De notre point de vue, l'identité nationale constitue, aujourd'hui, une synthèse du pluralisme et de la diversité des populations et ne saurait être fixée dans le périmètre d'un ministère".
Par ce texte, des chercheurs, intellectuels et universitaires français et étrangers contestent l'association au sein d'un ministère des thèmes de l'immigration et de l'identité nationale. Parmi eux figurent huit chercheurs qui avaient démissionné le 18 mai dernier des instances dirigeantes du comité d'histoire de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, des personnalités comme l'actrice Ariane Ascaride, les écrivains François Bon, Agnès Desarthe ou encore François Chérèque, secrétaire général de la CFDT et Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.
"Toutes les grandes institutions scientifiques françaises sont représentées, souligne l'historien Gérard Noiriel, de même que les grandes universités des cinq continents".
Les universitaires membres du réseau scientifique Terra estiment, selon Libération, que "la création de ce ministère va enraciner plus encore dans notre culture politique l'opposition entre la question nationale et le fait migratoire. Il risque d'ouvrir une nouvelle page de notre histoire, celle d'un nationalisme d'Etat et d'une xénophobie de gouvernement tendant à stigmatiser l'étranger comme un problème, un risque, voire une menace pour l'intégrité ou l'identité nationale".
Thierry Coudert, directeur de cabinet de Brice Hortefeux juge que cette pétition leur "prête une vision extraordinairement archaïque, fossilisée de l'identité nationale. Nous ne sommes pas sur cette position. L'identité s'ancre dans le passé mais c'est un concept évolutif". Il ajoute en outre n'avoir remarqué dans l'opinion publique "aucun mouvement hostile à ce ministère".
Dans Libération, "sept chercheurs, signataires de la pétition, justifient leur choix". Extraits.
Todd Shepard (Columbia University) "L'intitulé de ce ministère laisse entendre que l'identité nationale est un problème et que l'immigration en est sa source".
Etienne François (Frankreichzentrum der Freien Universität Berlin) "La jonction entre immigration et identité nationale fait peser un soupçon fort sur les immigrés".
Robert Aldrich (Sydney University) " L'identité nationale est sujet de débat et de redéfinition continuelle dans le public et par ceux qui s'intéressent à l'histoire, plus qu'une donnée qui devrait être institutionnalisée dans un ministère".
Edward Berenson (New-York University) "Un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale risque de distinguer une "bonne" et une "mauvaise" immigration selon des critères faux et polarisants, de groupe ethnique, de race et de religion. [...] L'immigration doit être envisagée et gérée par les moyens démocratiques et non par des moyens bureaucratiques".
Herrick Chapman (Institute of French Studies New-York University) "Les nations n'ont pas d'identité, elles sont les résultats d'un mélange riche et complexe d'hommes qui leur ont donné leur vitalité et la force dont elles ont besoin pour prospérer".
Herman Lebovics (State University of New-York) "Devenir Français n'a rien à voir avec sélectionner des chevaux de course ou des chiens de race".
Loïc Wacquant (Berkeley University) "Dans aucune démocratie digne de ce nom, en Europe ou en Amérique, l'Etat ne s'arroge ainsi le droit de décréter d'en haut une identité nationale qui est une production historique sans cesse renouvelée et toujours contestée, et encore moins de désigner une catégorie qui la menace". |