"L'immobilisme est suicidaire" a déclaré le chef de l'Etat au Havre devant quelque 5000 personnes
Nicolas Sarkozy a demandé aux Français de lui "donner une majorité" aux élections législatives des 10 et 17 juin.
Une nécessité réclamée pour mettre en oeuvre les "réformes promises", lors d'une "grande réunion républicaine", organisée sous l'égide de l'UMP, mardi soir au Havre, en Seine maritime.
Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il accomplirait la "rupture" que le peuple a souhaitée en l'élisant président de la République le 6 mai dernier.
"Ce changement, cette rupture que le peuple a souhaités, que le peuple a voulus, je les accomplirai. Parce que c'est le mandat que j'ai reçu. Parce que la France en a besoin (...) L'immobilisme est suicidaire", a affirmé le président de la République, devant quelque 8.000 personnes.
"J'irai le plus loin possible dans la réforme. Je ferai tout ce que j'ai dit", a affirmé le chef de l'Etat.
Il a cité "la réhabilitation de la valeur travail, la récompense du mérite, l'école de l'excellence, la lutte contre les fraudes, les peines planchers pour les récidivistes, la suppression de l'excuse de minorité pour les adolescents délinquants, le plein emploi, la sécurité sociale professionnelle, l'augmentation du pouvoir d'achat, la moralisation du capitalisme financier, la synthèse de la France du oui et de la France du non...".
"Je veux une France de propriétaires" Nicolas Sarkozy a également abordé des questions pratiques comme les mesures fiscales annoncées.
Il ainsi affirmé que la déduction fiscale des intérêts "s'appliquera à tous les emprunts (immobiliers) en cours" pour l'achat d'une résidence principale.
"La pensée unique s'oppose à la déduction du revenu imposable des intérêts des emprunts contractés pour l'achat de sa résidence principale. Cette déduction, je l'ai promise et je la ferai", a affirmé M. Sarkozy.
"Les intérêts seront déductibles à partir du jour où la loi sera votée, et cette déduction, comme je m'y suis engagé, s'appliquera à tous les emprunts en cours", a déclaré le chef de l'Etat.
"Je veux une France de propriétaires", a-t-il martelé.
"Je ne me laisserai pas détourner de mon objectif", a-t-il encore insisté devant un fond de scène portant le slogan "Ensemble pour la majorité présidentielle".
Ni austérité, ni sacrifice
Le président de la République a également promis des finaces publiques en ordre en France d'ici à 2012, c'est-à-dire la fin de son quinquennat. "La rigueur dans la gestion de nos finances publiques doit être une priorité. Notre endettement est excessif", a fait valoir le nouveau chef de l'Etat.
Il a rappelé que la France avait pris des engagements auprès de ses partenaires européens en matière de maîtrise des déficits et de la dette publics, et qu'elle avait "accepté une discipline".
Nicolas Sarkozy a assuré qu'il ne fallait pas compter sur lui "pour la démagogie, pour le laxisme, pour la fuite en avant" et qu'il ferait les choix "nécessaires (...) même s'ils ne sont pas populaires, même s'ils sont difficiles".
"Mais que l'on ne compte pas non plus sur moi pour mettre en oeuvre une politique d'austérité et de sacrifice qui étoufferait l'activité, qui détruirait l'emploi, qui diminuerait le pouvoir d'achat et qui ferait porter une fois encore aux plus modestes et aux classes moyennes tout le poids de la rigueur", a-t-il poursuivi.
"Que l'on ne compte pas sur moi pour faire des fonctionnaires, des boucs émissaires de la faillite de nos finances publiques, dont ils ne sont pas responsables", a ajouté le chef de l'Etat.
"Changer les méthodes en profondeur"
"Mais, a prévenu le président de la République, il ne s'agit pas de se laisser aller une fois de plus à cet expédient absurde du rationnement budgétaire qui coupe sans discernement dans les dépenses et qui, au bout du compte, engendre plus de gaspillages que d'économies."
Il a estimé que ce sont les réformes qui permettront de réduire "durablement le déficit et la dette" en faisant des économies tout en stimulant la croissance et en augmentant les recettes de l'Etat.
"Il s'agit de réformer l'Etat, de changer nos méthodes en profondeur, d'introduire partout la culture du résultat et de l'évaluation, de mesurer l'efficacité de la dépense, de faire en sorte que plus aucun euro d'argent public ne soit gaspillé, que l'investissement remplace le fonctionnement, que les dépenses d'avenir se substituent à celles du passé", a-t-il expliqué.
Au premier rang, avaient pris place Jean-Claude Gaudin, président délégué de l'UMP et Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP (qui assurent l'interim de la présidence de l'UMP depuis la démission de M. Sarkozy de la tête du parti majoritaire).
Christine Lagarde, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, qui a accompagné le chef de l'Etat dans l'après-midi lors de rencontres avec des exploitants agricoles puis les élèves d'un lycée agricole de la région, assistait à la "réunion républicaine".
Egalement présents : Bernard Accoyer, chef de file des députés UMP de l'Assemblée sortante, le député UMP Jérôme Chartier, ainsi que les deux députés européens Pierre Lequiller (UMP) et Jean-Louis Bourlanges, ex-UDF rallié à M. Sarkozy.
L'implication d'un président de la République dans une campagne en vue des élections législatives est assez rare. Jacques Chirac, après la dissolution manquée de 1997, ne l'avait pas fait en 2002. François Mitterrand avait participé à deux grands meetings de campagne du Parti socialiste avant les législatives de 1986.
Bayrou : "ce n'est pas ma vision d'un président"
"Ce sera le seul meeting" de Nicolas Sarkozy au cours de la campagne, a affirmé le secrétaire général délégué de l'UMP, Patrick Devedjian.
Pour Patrick Devedjian, il est "normal et cohérent que le président de la République souhaite avoir les moyens de mettre en oeuvre le projet qu'il a réussi à faire adopter pendant sa campagne électorale". "Il ne faut pas d'hypocrisie", a-t-il ajouté en direction de ceux qui critiqueraient la présence - inhabituelle - du chef de l'Etat à un meeting politique en vue des législatives.
"C'est le projet de Nicolas Sarkozy " qui sera défendu par la majorité présidentielle lors de cette campagne, a-t-il rappelé.
Des propos qui n'ont pas convaincu François Bayrou. Ce dernier a déploré mardi la participation de Nicolas Sarkozy à un meeting de l'UMP au Havre et son engagement dans la bataille législative.
"Ce n'est pas la vision que je me fais d'un président de la République", a déclaré le dirigeant du MoDem lors d'une conférence de presse à Toulouse.
"Dans un pays déchiré comme l'est la France, il est d'autant plus important que son président de la République soit un homme qui rassemble, qui ne soit pas un homme partisan", a-t-il ajouté.
Quant à l'ex-candidate socialiste, Ségolène Royal, elle a déploré que Nicolas Sarkozy à la fois "prétende avoir fait l'ouverture ... se présente comme le président de tous les Français ... et s'implique comme chef de l'UMP".
Les précédents
L'implication d'un président de la République dans une campagne en vue des élections législatives est assez rare. Jacques Chirac, après la dissolution manquée de 1997, ne l'avait pas fait en 2002. François Mitterrand avait participé à deux grands meetings de campagne du Parti socialiste avant les législatives de 1986.
Dans un discours prononcé à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire), en janvier 1978, le président Giscard d'Estaing avait appelé les Français à faire "le bon choix" aux législatives. Il ne s'agissait pas alors d'un meeting. Sa majorité, qui l'emportera finalement aux élections législatives de mars 1978, était menacée par la gauche PS et PCF, réunie (depuis 1972) autour du "Programme commun".
Le président Mitterrand avait pour sa part participé à deux meetings, en janvier et février 1986, à deux mois des législatives. Lors du premier, au Grand Quevilly (Seine-Maritime), le fief de son premier ministre Laurent Fabius, il avait appelé les Français à choisir une "majorité de progrès".
A Lille, fief de son premier chef de gouvernement, Pierre Mauroy, il avait plaidé pour "une société ouverte", un "pouvoir partagé" et "une économie qui avance". Il s'était exclamé: "comment pourrait-on imaginer que le président de la République élu (...) par une majorité pourrait, à l'heure d'un grand choix, se taire?".
Lors des législatives de 1986, ladite majorité fut battue par la droite réunie autour de Jacques Chirac. Celui-ci devint ainsi le premier ministre de la première "cohabitation" entre un chef de gouvernement et un président issus de deux courants politiques opposés. |