Le principal syndicat de journalistes sera "vigilant" après la nomination de journalistes à l'Elysée ou Matignon "Leur choix est respectable, à condition qu'il ne vienne pas brouiller un peu plus l'image de la profession et l'impartialité qui doit être la sienne", a déclaré Alain Girard, le responsable du SNJ.
Catherine Pégard (Le Point), Georges-Marc Benamou (Nice-Matin) et Myriam Lévy (Le Figaro) ont été nommés conseillers à l'Elysée ou à Matignon.
Ces nominations sont à l'image des relations qu'entretient M. Sarkozy avec les médias, selon les sociologues. Le nouveau président est "parfaitement représentatif d'une nouvelle génération en politique: comme Ségolène Royal, Tony Blair et Sylvio Berlusconi, il connaît tous les canons de la communication et cherche à en maîtriser les tenants et les aboutissants", a expliqué Arnaud Mercier, politologue à l'Université de Metz.
Nommer des journalistes comme conseillers symbolise "l'extrême professionnalisation des techniques de communication politique", a ajoté M. Mercier. Il est ainsi de plus en plus fréquent de voir des journalistes mettre leur savoir faire au service des politiques.
Le Figaro et Le Point étant des journaux marqués à droite, il n'est "pas surprenant" de les voir "passer de l'autre côté", dans une logique de "promotion", a-t-il observé.
"Il considère qu'il ne peut réussir qu'avec les médias et par les médias. Prendre un journaliste comme conseiller c'est aussi choisir un conseiller d'utilisation des médias... que M. Sarkozy sait déjà parfaitement utiliser", analyse François Jost, professeur en sciences de l'information à l'Université de Paris III.
A l'instar du SNJ-CGT, M. Jost y voit une "berlusconisation du régime".
Selon le syndicat, "les accusations de connivence, de journalisme de révérence, de liens de moins en moins cachés entre la caste politique et certains medias vont se renforcer dans l'opinion publique" et "la confusion des genres est devenue une pratique courante".
Le SNJ-CGT rappelle que, selon des informations de presse non confirmées, Laurent Solly, ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, pourrait devenir l'un des directeurs généraux adjoint de TF1.
Il rappelle aussi les liens entre les journalistes Béatrice Schoenberg et Marie Drucker et certaines personnalités politiques, ainsi que les engagements politiques affichés par le journaliste Alain Duhamel, qui lui avaient valu d'être suspendu de l'antenne de France 2 et RTL.
Pour le syndicat, "ces liens médiatico-politiques deviennent insupportables car ils mettent en cause la crédibilité d'une profession déjà tellement décriée". Il estime que "la berlusconisation hexagonale est en marche".
"Serions-nous en passe de devenir une république bananière où la presse se verrait muselée sauf pour peopliser les informations sur les allées du pouvoir et faire profil bas dès que cela déplaît au Château ?", s'interroge le syndicat.
Pour l'heure, "il est important que la qualité, le statut, de la personne soit clair au moment où elle s'exprimera: si elle intervient dans des débats sur des plateaux télévisés, il ne faudra pas qu'elle se présente comme journaliste", a souhaité M. Girard. |