Les spéculations continuent sur les membres du futur gouvernement qui sera annoncé vendredi
La date de vendredi a été avancée par de bonnes sources UMP, citant des propos que le président élu aurait tenus dimanche soir.
Dès jeudi, Nicolas Sarkozy devrait annoncer le nom de son Premier ministre, qui sera selon toute probabilité François Fillon, son conseiller politique à l'UMP.
Il avait été au départ question que la composition du gouvernement puisse être connue un peu plus tard, jusqu'à lundi 21 mai.
Une volonté d'ouverture Nicolas Sarkozy a prévenu qu'il préférerait "l'efficacité" à la "fidélité" pour constituer "la meilleure équipe de France" et ne pas rééditer l'erreur faite, selon lui, en 1995 et 2002 par le président Jacques Chirac, qui avait privilégié des fidèles.
Il a fait part à plusieurs reprises de sa volonté de constituer un gouvernement "ouvert" avec des personnalités de gauche et du centre. Une volonté d'"ouverture" qui fait grincer des dents à l'UMP, en particulier parmi ceux qui espèrent voir leur fidelité remerciée.
Lundi, Nicolas Sarkozy a enfoncé le clou, affirmant: "mon ambition, c'est que chaque Français, qu'il ait voté ou non pour moi, puisse se reconnaître dans des choix que j'assumerai au nom de notre pays."
Consultations à gauche Pour ce faire, le nouveau président élu a consulté tout le week-end, et fait des appels du pied à une poignée de personnalités de gauche.
Il a notamment proposé à Bernard Kouchner, ancien ministre PS de la Santé, de devenir ministre des Affaires étrangères. Lundi, le fondateur de Médecins du Monde tenait la corde.
Il a également approché Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères sous Lionel Jospin, pour occuper ce même poste. Mais selon certains, il aurait trop demandé - oui au ministère des Affaires étrangères, mais avec Affaires européennes, Coopération et Commerce extérieur.
Anne Lauvergeon, ancienne proche du président socialiste François Mitterrand et actuellement à la tête du groupe nucléaire français Areva, a également été approchée pour occuper un ministère. Selon Le Figaro de samedi, elle aurait refusé. Mais selon Claude Guéant, elle "n'a pas dit non à tout".
L'ancien ministre de l'Education nationale Claude Allègre, qui n'a pas caché pendant la campagne son aversion pour Mme Royal, a été reçu samedi par Nicolas Sarkozy. Dans Le Parisien de dimanche, il dit approuver "totalement" la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy mais estime que son "destin n'est plus d'être ministre". En revanche, il se dit "prêt à accepter une mission limitée dans le temps pour aider l'université française à s'adapter au XXIe siècle et pour faire en sorte de la Recherche redevienne une des priorités nationales".
Si elles n'entrent pas au gouvernement, certaines de ces personnalités pourraient se voir confier des "missions".
Le président élu a également promis la parité au sein du nouveau cabinet. Il y aura huit ministres hommes et sept femmes, ou l'inverse. Quatre femmes semblent incontournables: Roselyne Bachelot, Michèle Alliot-Marie, Christine Boutin, Valérie Pécresse.
Des noms évoqués à l'UDF Du côté de l'UDF, trois noms se détachent des "ministrables" éventuels : ceux du ministre sortant de l'Education Gilles de Robien, du président du groupe UDF à l'Assemblée nationale Hervé Morin et de l'ancien communiste Maurice Leroy, qui est devenu un des députés centristes les plus proches du président de l'UDF, François Bayrou et que l'on cite notamment pour l'Agriculture.
Juppé et Borloo pour l'UMP Pour l'UMP, le maire de Bordeaux et fondateur de l'UMP Alain Juppé et le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo paraissent avoir de bonnes chances d'appartenir au prochain gouvernement. Selon Nicolas Hulot, Alain Juppé serait pressenti à l'Environnement. Pour les autres, l'incertitude prévaut.
Concernant Claude Guéant, l'ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, tout laisse penser qu'il deviendra secrétaire général de l'Elysée.
Exit le ministère de la Culture ? Enfin, "
Ouverture: grincements de dents à l'UMP
L'"ouverture" prônée par Nicolas Sarkozy pour le futur gouvernement ne passe pas bien au sein des fidèles de l'UMP.
Huit jours après son élection, il a rappelé lundi devant le conseil national de l'UMP qu'il avait voulu, pendant la campagne présidentielle, "dépasser les vieux clivages idéologiques", "privilégier les convictions sur les étiquettes" et faire en sorte que la droite élargisse son "socle de valeurs".
"C'est sur ces mêmes principes de tolérance et d'ouverture que je veux construire le gouvernement ", a ajouté le président élu.
Un peu plus tard, après le départ de Nicolas Sarkozy, un de ses plus fidèles lieutenants, Patrick Devedjian a déclaré tout haut à la tribune ce que certains cadres et élus de l'UMP, qui redoutent d'être les premières victimes de cette volonté d'ouverture, semblent penser tout bas.
"Je suis pour aller très loin dans l'ouverture (...), très loin, y compris jusqu'aux 'sarkozystes', c'est dire !" a lancé l'ancien ministre de l'Industrie.
"Parce que je pense que la fidélité n'est pas nécessairement le contraire de la compétence, parce que je pense aussi que la fidélité fait partie des valeurs qui sont fondamentalement celles de la droite et que nous les assumons avec les autres."
Il faisait allusion à des propos de Nicolas Sarkozy, qui a déclaré jeudi dernier aux parlementaires de l'UMP, selon un député : "La fidélité c'est pour les sentiments, l'efficacité c'est pour le gouvernement ."
En marge de la réunion, le député Pierre Lellouche avait auparavant évoqué la "réaction de surprise" de cadres de l'UMP à l'annonce que des personnalités venues de la "mitterrandie" étaient pressenties pour appartenir au prochain gouvernement.
La ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, qui convoitait les Affaires étrangères que pourrait se voir confier Bernard Kouchner, aurait eu un accrochage avec Nicolas Sarkozy à ce sujet.
Tension et déception dimanche autour de Sarkozy Des détails ont filtré lundi de la réunion dimanche des principaux responsables de l'UMP rue Saint-Dominique.
"Sarkozy nous a dit avec force : +vous avez le choix entre la déception et l'échec, ou la déception et la réussite+. Autrement dit, il y aura forcément des déçu(e)s", affirme l'un des participants.
Silence de mort. Un ancien ministre, rapporte le même, prend la parole: "l'ouverture, c'est bien, mais ce sera bon de s'appuyer sur les fidèles, sur les choses solides quand viendront les difficultés. Je me devais de te le dire. Je l'ai dit".
"Personne n'a pipé mot. Mais tous pensaient la même chose. C'est une semaine d'enfer qui nous attend", poursuit-il.
Ouverture: critiques au PS
Grincements de dents aussi dans le camp socialiste lundi, sur le ralliement de personnalités PS au nouveau gouvernement.
Dominique Strauss Kahn s'est montré lundi très réservé sur l'entrée d'anciens ministres de gauche dans le futur gouvernement de Nicolas Sarkozy, évoquant le risque d'"une trahison de soi-même".
Selon le député du Val d'Oise, "ou bien on a des convictions - et les deux personnes évoquées (MM.Kouchner et Védrine) en ont - et c'est très difficile de dire qu'avec ces convictions là on va faire le contraire de ce qu'on a dit avant. Ou bien on faisait de la politique sans convictions, et ce serait un peu dérisoire, je ne crois pas que ce soit le cas", a-t-il expliqué.
Pour le socialiste Claude Bartolone, "cela sent beaucoup plus le plat de lentilles que la politique." Il a prévenu que les personnalités de gauche qui accepteraient d'entrer dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy "auraient à assumer les politiques sociales, les politiques économiques" de la nouvelle majorité.
"S'ils acceptent, c'est qu'ils arrivent à gérer des contradictions et ont la colonne vertébrale très souple", a-t-il ajouté avant d'ajouter: "c'est incompréhensible".
Le député PS européen Benoît Hamon a estimé que de tels ralliements à un gouvernement de droite porteraient "un sale coup" au PS et que "cela les amènerait à quitter la gauche".
Selon lui, "si Nicolas Sarkozy propose le même ministère" - celui des Affaires étrangères - "à Kouchner et à Védrine, qui défendent deux conceptions tout à fait opposées de la politique étrangère et de la politique européenne, c'est qu'il veut faire un coup politique". "Son objectif est d'abord de réussir un débauchage d'un ancien ministre de gauche".
Le député européen a prévenu ces personnalités que si elles rejoignaient un gouvernement de droite, elles "seraient comptables du bilan de ce gouvernement", y compris au plan social, économique et de l'immigration. |