Georges Frêche exclu du PS Le président de la région Languedoc-Roussillon a été exclu samedi du parti socialiste pour ses dérapages verbaux La décision a été prise par la commission nationale des conflits du parti socialiste après ses propos sur la proportion de noirs dans l'équipe de France de football.
George Frêche a, lui, appelé ses amis "à conserver leur carte du PS", et "à voter pour Ségolène Royal", précisant qu'il continuait à "exercer tous ses mandats".
La candidate socialiste, en campagne aux Antilles, a relativisé samedi soir cette exclusion en en évoquant le "décalage entre les vraies préoccupations des citoyens et un événement qui, de toute façon, était attendu". "Personne ne m'a parlé de cet problème aujourd'hui", a-t-elle affirmé devant les caméras de RFO-Télé Guadeloupe. Un peu plus tôt, elle avaitr déclaré qu'elle prenait "acte" de la décision concernant l'élu PS.
Ségolène Royal et le premier secrétaire du PS, François Hollande, souhaitaient cette exclusion.
"Il est apparu aux membres de la commission que, sans conteste, ces propos - au-delà de leur caractérisation pour le droit - ne sont pas compatibles avec les valeurs d'égalité et de respect des Droits humains qui fondent depuis toujours l'engagement du PS et sont contenues dans sa déclaration de principe mais aussi (...) dans les principes constitutionnels de notre République", a expliqué le parti socialiste dans un communiqué.
Georges Frêche, estimant que la décision était "jouée d'avance", ne s'est pas déplacé à Paris pour participer à la réunion de la commission des conflits, qui a duré près de quatre heures.
Il réagit à son exclusion "J'ai quatre choses importantes à dire", a déclaré samedi soir Georges Frêche, alors qu'il se rendait à une cérémonie de remise de la légion d'honneur au vice-président PCF du conseil régional de Languedoc-Roussillon, Jean-Claude Gayssot, à la préfecture de Montpellier.
"La première, c'est que bien sûr, je continue a exercer tous mes mandats de président de l'agglomération et de la région Languedoc-Roussillon", a-t-il annoncé.
"La seconde, c'est que j'appelle tous mes amis à conserver et à garder précieusement leur carte du PS", a-t-il ajouté.
"La troisième, c'est que j'appelle tous mes amis à voter pour Ségolène Royal et la quatrième, qui est le jugement sur ce qui s'est passé, c'est une phrase fameuse: 'Tout ce qui est exagéré, est insignifiant'", a encore affirmé le président de la région, qui venait d'assister à une messe pour la mémoire de l'abbé Pierre.
Par avance, il avait annoncé qu'il ne souhaitait pas abandonner ses mandats électifs de président de région et président de l'agglomération de Montpellier. "C'est un procès de l'inquisition qui rappelle les pires moments du stalinisme. On offre ma tête au peuple en espérant gagner quelques voix dans les DOM (départements d'outre-mer). On verra", a-t-il déclaré vendredi.
Les propos incriminés A la mi-novembre, le président de Languedoc-Roussilon, 68 ans, avait regretté devant le conseil de l'agglomération de Montpellier, que l'équipe de France de football compte "neuf blacks sur onze" joueurs. "La normalité serait qu'il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s'il y en a autant, c'est parce que les blancs sont nuls, selon un compte-rendu des propos par le quotidien régional "Midi Libre". "J'ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine", avait-il ajouté.
Une condamnation sur d'autres propos L'élu a par ailleurs été condamné jeudi 25 janvier à 15.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir traité des harkis de"sous-hommes", le 11 février 2006 lors d'une cérémonie publique.
Des propos qualifiés par la justice d'"injure envers un groupe de personnes en raison de son appartenance ethnique, raciale ou religieuse". Cette affaire lui avait déjà valu une suspension pour deux ans des instances nationales de son parti.
Un des fondateurs du parti socialiste Agé de 68 ans, Georges Frêche figure parmi les fondateurs du PS en 1972 et il a été élu député de ce parti dès 1973. Il a été maire de Montpellier de 1977 à 2004.
Ses dérapages verbaux, souvent en rapport avec les communautés immigrées, ont de longue date suscité des polémiques judiciaires et politiques. A propos des émeutes de l'automne 2005, il avait ainsi accusé les policiers de "mettre le feu eux-mêmes aux bagnoles", ce qui lui vaudra un nouveau procès le 22 février. Un personnage haut en couleurs
Personnage volontiers provocateur, souvent accusé d'autoritarisme et de clientélisme. Qui incarne "une dictature socialiste" pour le député UMP de l'Hérault Jacques Domergue, ... A 68 ans, Georges Frêche, qui a contribué à faire de Montpellier une des grandes capitales régionales (c'est sous son mandat qu'a été adopté, dans les années 80-90, le fameux slogan "Montpellier la surdouée), "règne" depuis des dizaines d'années sur le Languedoc-Roussillon. Depuis exactement 1977 quand il avait emporté la mairie de Montpellier à la tête d'une équipe d'"union de la gauche".
Selon un de ses proches, l'adepte du franc-parler dit "parfois tout haut ce que d'autres pensent tout bas".
"Poil à gratter", jouant de son autoritarisme et de ses colères tonitruantes, l'élu a souvent franchi la ligne jaune. Il s'était ainsi déjà placé à contre-courant du PS, soulignant par exemple "le rôle positif" de la France dans ses colonies.
S'il n'a pas hésité à égratigner "la gauche caviar" ou le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, qualifié de "grand mamamouchi aux talons compensés", il ne s'est pas fait prier pour vilipender les "positions abruties" de Jean Paul II sur le mariage des prêtres et le préservatif.
Un dynamisme certain Ce fils d'un militaire et d'une directrice d'école, lui même marié et père de cinq enfants, est resté maire de Montpellier de 1977 à 2004, date à laquelle il s'est retiré au profit de la socialiste Hélène Mandroux, son ancienne première adjointe, en raison de cumul de mandats.
Il a été élu député socialiste de l'Hérault de 1973 à 1978, de 1981 à 1993 et de 1997 à 2002, lorsqu'il a été battu par Jacques Domergue. En mars 2004, il est devenu président de l'exécutif régional et de Montpellier Agglomération.
Bien qu'ayant subi six mois plus tard une opération à coeur ouvert, Georges Frêche est resté aux affaires pendant ses cinq mois de convalescence.
Durant ses mandats, il a engagé Montpellier dans une politique de grands travaux: deux lignes de tramway, la restauration du musée Fabre, dont l'inauguration est prévue le 3 février après trois ans de travaux, des logements, des équipements collectifs (médiathèques, patinoire, piscines ou station d'épuration).
Peu de personnes, élus ou habitants, lui contestent une efficacité dans la conduite des affaires: sa gestion et la pression démographique ont fait passer la ville du 25e au 8e rang national (240.000 habitants, 385.000 avec l'agglomération), faisant de Montpellier, sa fierté, une capitale régionale dynamique et moderne.
Homme au parcours atypique, ancien maoïste et élève de l'Ecole des Hautes études commerciales, Georges Frêche est agrégé de droit, spécialiste du droit romain qu'il enseigne toujours à l'université de Montpellier, et passionné de l'antiquité grecque. |