Philippe Noiret est décédé jeudi des suites d'une longue maladie, à l'âge de 76 ans
Après des débuts théâtraux au Théâtre national populaire dirigé par Jean Vilar, où il cotoie Gérard Philipe, il interprète plus de quarante rôles avant de tourner pour le grand écran.
Parmi ses films les plus fameux : Alexandre le bienheureux (1967), La Grande bouffe (1973), Que la fête commence (1975), Le vieux fusil (1975), Les Ripoux (1984)...
Philippe Noiret laisse derrière lui une carrière exceptionnelle, comme un des plus grands acteur français, apparaissant dans quelque 125 films, sans parler de ses nombreuses pièces de théâtre.
Acteur fétiche de Bertrand Tavernier (L'horloger de Saint-Paul, Que la fête commence), il a formé des couples mythiques avec Catherine Deneuve (La Vie de château), Romy Schneider et Simone Signoret. Il obtenait deux César d'interprétation masculine, en 1976 dans Le vieux fusil (Robert Enrico) et en 1990 pour La vie et rien d'autre (Bertand Tavernier). Noiret, monstre sacré
Philippe Noiret a rejoint le paradis des monstres sacrés du cinéma français aux côtés de Gabin, Bourvil, Ventura, Signoret, Fernandel...
Né le 1er octobre 1930 à Lille (Nord), il entre au Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar en 1953, après un piètre passage à l'école, au collège et au lycée, où il échouera au Bac.
Il joue au sein de la troupe du TNP auprès de Gérard Philipe, et y interprète plus de quarante rôles. Il rencontre l'actrice Monique Chaumette, qu'il épousera en 1962. Parallèlement, il forme un duo comique de cabaret avec Jean-Pierre Darras.
Il décroche son premier rôle au cinéma en 1956 dans La Pointe courte d'Agnès Varda, mais doit attendre 1960 pour apparaître à nouveau sur grand écran dans Zazie dans le métro de Louis Malle.
Il enchaîne des seconds rôles sans percer jusqu'à La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, en 1966. Mais c'est le personnage de paysan rêveur et édoniste d'Alexandre le Bienheureux (Yves Robert), qui lui voue l'adhésion du grand public en 1967, au point de se consacrer à partior de cette date, uniquement au cinéma au détriment du théâtre, qu'il ne retrouvera que plus tard.
Il bouscule cette image bonhomme avec La Grande Bouffe de Marco Ferreri qui fait scandale à Cannes en 1973. Il se consacre alors à des rôles composition, sous la direction de Bertrand Tavernier (L'Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence), Yves Boisset (Un taxi mauve, 1977), ou Philippe de Broca (Tendre poulet, 1977).
Parallèlement, il suit une carrière en Italie, principalement sous la direction de Mario Monicelli (Mes chers amis) et devient le plus célèbre flic corompu de France dans Les Ripoux de Claude Zidi, en 1984, et ses deux suites. L'acteur remporte son second César en 1990 pour La Vie et rien d'autre (encore Tavernier) et figure en haut de l'affiche de productions internationales comme Cinema Paradiso (1988).
Moins sollicité par le cinéma au milieu des années 90, Philippe Noiret remonte sur les planches en 1997 dans Les Cotelettes, au côté de Michel Bouquet, de Bertrand Blier (les deux joueront dans son adaptation au cinéma). Il renoue avec le succès au théâtre dans Père et fils (20O3, de Michel Boujenah), ou encotre tout récemment dans Love letters, au côté d'Anouck Aimé.
Réactions au décès de Philippe Noiret
Jacques Chirac a salué jeudi soir "l'un des maîtres de la scène et de l'écran", après le décès de Philippe Noiret.
Dominique de Villepin a exprimé son "émotion et sa tristesse", pour qui Philippe Noiret "a incarné une certaine idée du cinéma : un cinéma exigeant et généreux, un cinéma de courage et d'engagement, un cinéma au plus près de l'homme."
Le ministre de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres a rendu hommage à Philippe Noiret, "immense figure du 7e art mais aussi l'un des acteurs les plus aimés et les plus respectés des Français".
"En tant qu'acteur, il a contribué à écrire les plus belles pages du cinéma de ces cinquante dernières années. Sa personnalité imposante et impressionnante, capable de la plus grande tendresse et de la plus haute exigence, a imprégné les très nombreux rôles qu'il a incarnés au théâtre, comme au cinéma", ajoute-t-il.
"Nous garderons le souvenir de son élégance, dans tous les sens du terme, de sa voix incomparable et reconnaissable entre toutes", conclut le ministre.
La maire (PS) de Lille, Martine Aubry, a rendu hommage à l'acteur, né dans la capitale des Flandres, saluant "un artiste d'une grande pudeur" et "un homme d'une vraie et rare élégance". "Une belle, grave, et aussi joyeuse voix du nord s'est tue", a-t-elle ajouté.
"Né à Lille, dans le quartier de Wazemmes, où il vécut les premières années de sa jeunesse, Philippe Noiret n'a jamais oublié sa région d'origine à laquelle il était très attaché et où il revenait souvent", a-t-elle déclaré, saluant la mémoire de cet "immense acteur du cinéma français".
Philippe Noiret reste "une des grandes figures" du cinéma français, sans équivalent dans le cinéma d'aujourd'hui, a déclaré le réalisateur Jean-Pierre Mocky sur la chaîne d'information LCI.
Il n'y en a pas beaucoup des gens comme ça, il reste Serrault et quelques autres", a commenté Jean-Pierre Mocky, qui compare Philippe Noiret à Jean Gabin ou Bourvil.
"C'est un départ très grave car pour le moment nous n'avons pas d'acteurs comme ça, de cette puissance, car il était à la fois comique quand il le voulait et il a joué aussi les grands auteurs", a poursuivi le réalisateur.
Jean-Pierre Mocky a également saluéla discretion de l'acteur. "C'est bien, la vie à la fois familiale et artistique qu'il a eue", a conclu le réalisateur. |