L'attribution de stock-options à 4 dirigeants de la Société générale a suscité l'indignation de Nicolas Sarkozy
"Les bonus, les stock-options, les rémunérations exceptionnelles, ce n'est pas admissible quand il y a des aides publiques", a dit le chef de l'Etat vendredi, lors d'une conférence de presse à l'issue d'un conseil européen à Bruxelles.
Sans nommer la banque, il a estimé que de tels dispositifs pour un "mandataire social, ce serait un scandale".
"Je suis sûr que les responsables vont comprendre ce que je dis"
"Visiblement, certains ont du mal à comprendre ce qu'on dit. Quand il y a un plan social, des aides publiques, les bonus, plans, stock-options, rémunérations exceptionnelles ne sont pas admissibles", a-t-il déclaré à la presse à l'issue d'un sommet européen à Bruxelles.
"Si vous pensez que je vise un établissement bancaire dans l'actualité, c'est exactement cela. On ne peut pas solliciter l'argent public pour passer un moment décrit unanimement comme difficile et faire un plan généreux de distribution d'actions ou de bonus. Je suis sûr que les responsables vont comprendre ce que je dis et pour être sûr que le message soit bien reçu, je vais le préciser : quand on est mandataire social, ce serait un scandale", a insisté le chef de l'Etat.
Les stock-options seront distribuées mais pas converties tout de suite
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, avait lui parlé d'un geste "indécent" et Xavier Bertrand, patron de l'UMP, le parti majoritaire, avait évoqué une mesure "bizarre" et demandé des éclaircissements.
Depuis, les dirigeants banque ont effectué un recul sur la question en acceptant de ne pas convertir en actions leurs stock-options tant que la Société Générale bénéficiera de l'aide de l'Etat qui lui a déjà prêté 1,7 milliard d'euros et lui permet de bénéficier de la Société de financement de l'économie française (SFEF) pour emprunter sur les marchés, après le désastre de l'affaire Kerviel (coût : 4,9 milliards d'euros) et la crise des "subprimes".
Cependant, les dirigeants n'ont pas renoncé à recevoir ces stock-options. Ils pourront les convertir en actions lorsque la banque n'aura plus besoin du soutien de l'Etat.
L'établissement a pris cette décision "afin de favoriser un retour à une plus grande sérénité dans le débat sur la rémunération à long terme des dirigeants", précise-t-il dans son communiqué. Le renoncement temporaire ne porte que sur les stock-options attribuées en 2009 et annoncées mercredi.
Ces stock-options concernent Frédéric Oudéa, directeur général, Daniel Bouton, président de la banque, qui devaient recevoir respectivement 150.000 et 70.000 titres, Didier Alix et Séverin Cabannes, directeurs généraux délégués, 50.000 titres.
Le prix d'exercice était fixé à 24 euros, proche des bas niveaux actuels du cours de l'action. Le principe des stock-options permettrait aux quatre dirigeants d'empocher la différence éventuelle entre ce chiffre et la valeur du titre dans trois ans, délai fixé par la SocGen pour leur exercice.
Le débat sur la rémunération des patrons
Dans l'annonce de jeudi, l'exercice des stock-options était en théorie soumis à la performance de l'action Société générale par rapport à celles de ses principaux concurrents.
L'action SocGen a perdu 61% l'an dernier et 20% encore depuis le début de l'année. Les titres concurrents BNP Paribas et Crédit agricole ont légèrement progressé en 2009.
"J'ai trouvé cela indécent parce que dans le contexte actuel où on a une crise d'une violence absolument inouïe (...) chaque acteur, chaque partenaire social se doit d'envoyer des messages qui soient constructifs," a dit Luc Chatel sur Europe 1.
Xavier Bertrand a jugé cette annonce "bizarre". "On a besoin aujourd'hui que cette banque soit exemplaire, comme toutes les banques qui ont été aidées pour faire face à la crise financière", a-t-il dit sur Canal+.
La Société générale a été frappée d'une amende de quatre millions d'euros en 2008 par la Commission bancaire pour un défaut de contrôle dans l'affaire visant son trader Jérôme Kerviel, qui a pu miser jusqu'à 50 milliards d'euros sur les marchés sans que les dirigeants, disent-ils, l'aient réalisé.
Depuis le début de la crise financière, la question de la rémunération des patrons français est au coeur des débats. Le gouvernement et l'Elysée ont assuré vouloir encadrer les "parachutes dorés" et limiter les rémunérations.
Des mesures législatives ont été prises mais elles ne concernent ni les stock-options, ni le versement de dividendes, ni les autres éléments de rémunération comme les primes ou "retraites-chapeau" (rémunérations additionnelles aux versements normaux des caisses de retraite).
La présidente du Medef, Laurence Parisot, a estimé dernièrement que l'encadrement des salaires des dirigeants ne relevait pas du rôle de l'Etat.