Un nombre record de manifestants depuis l'élection de Nicolas Sarkozy sont descendus dans la rue jeudi
3 millions de personnes selon la CGT, 1,2 million selon la police, ont manifesté à l'appel de huit syndicats (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU, Unsa), soit mieux que le 29 janvier (1 million selon la police, 2,5 millions selon les syndicats).
Les syndicats se réunissent dès vendredi pour envisager les suites à donner au mouvement.
Les syndicats ont salué la "réussite" de la mobilisation, mais le Premier ministre François Fillon a exclu un nouveau plan de relance.
François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a qualifié cette mobilisation nationale de "journée réussie".
La CGT a salué une mobilisation qui a rassemblé "des millions de salariés du privé et du public, des jeunes et des retraités". Le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, a déclaré vendredi sur RTL qu'il y avait "une détermination de l'ensemble des syndicats à maintenir la pression. Mettre à profit le 1er mai est "une des pistes" envisagées, a-t-il indiqué.Les manifestations de jeudi égalent les pics atteints par la mobilisation de 2006 contre le Contrat première embauche (CPE) et montrent l'ampleur de l'inquiétude et du mécontentement, dans un contexte de crise et d'aggravation du chômage.
Le cortège parisien a rassemblé 350.000 personnes selon la CGT, 85.000 selon la police (les chiffres étaient de 300.000 et de 65.000 le 29 janvier). Le cortège des étudiants et des enseignants-chercheurs, au nombre de 100.000 dans toute la France (selon Unef et FSU), était particulièrement impressionnant. Il s'agit de la plus grosse mobilisation depuis le début de leur mouvement.
Le secteur privé était présent dans les manifestations, avec notamment, à Compiègne (Oise), un millier de salariés de l'usine Continental de Clairoix, dont la fermeture a été annoncée. Des salariés de Carrefour, Dassault, Air France, Total, Thomson, de Lucent-Alcatel ont défilé au côté des fonctionnaires.
Alors que plus de monde est descendu dans la rue, la grève a été moins bien suivie que le 29 janvier, notamment dans l'éducation. Les perturbations dans les transports ont été globalement limitées. En région parisienne, les transports en commun ont circulé légèrement mieux que le 29 janvier, mais ont été très affectés à Bordeaux, Reims, Strasbourg et Nice.
Dans les écoles, la plupart des grandes villes avaient décidé de mettre en oeuvre, au moins en partie, le service minimum d'accueil, mais à Paris seuls 2.400 écoliers sur 136.000 en ont profité, selon la mairie.
| 219 manifestations dans toute la France | A Paris, la CGT estime à 350.000 le nombre manifestants quand la préfecture de police en dénombre 85.000 (contre 65.000 lors du 29 janvier). Le cortège a commencé à battre le pavé peu après 14h place de la République avant de rejoindre Nation par Bastille, derrière une banderole proclamant : "Ensemble face à la crise, défendons l'emploi, le pouvoir d'achat et les services publics."
Quelques incidents se sont produits place de la Nation en fin de manifestation. 300 personnes ont été interpellées, dont 49 vont faire l'objet d'une procédure judiciaire. Neuf policiers ont été blessés par des jets de projectiles.
La manifestation de Marseille, qui a eu lieu dans la matinée sur le Vieux-Port, a donné le ton de la mobilisation. La participation était, selon la CGT, supérieure à celle du 29 janvier avec 320.000 personnes. Le 29 janvier, les organisateurs avaient compté 300.000 personnes, la police 23.000.
Sous le soleil de Bordeaux de 36.000 personnes selon la police à plus de 100.000 selon les organisateurs ont manifesté dans une ambiance bon enfant. La précédente journée d'action, le 29 janvier, avait rassemblé de 34.000 à 80.000 personnes dans la capitale de Gironde. Des pancartes et banderoles ont donné un ton politique à la manifestation : "Stop à l'UMP" ou "Prolo vs. Sarko". Tracté sur un chariot, un mannequin représentant le chef de l'Etat portait une pancarte : "Je serai le président de MON pouvoir d'achat". Nombre de personnels du secteur public de la santé, de la Sécurité sociale et surtout de l'enseignement ont défilé. "Entre la LRU et la rue, il n'y a qu'un pas", pouvait-on lire sur une banderole, en allusion à la loi réformant les universités. Des salariés du secteur privé ont manifesté en nombre plus réduit.
A Nantes, environ 70.000 manifestants ont défilé selon le syndicat CFDT, 40.000 selon la police, une mobilisation légèrement inférieure à la première journée d'action sociale du 29 janvier dernier. Il y a six semaines, ils étaient 60.000 selon les syndicats, et 35.000 d'après la police. "L'augmentation de la participation tient essentiellement à la plus forte mobilisation des salariés du privé", estime Yvan Ricordeau, secrétaire général de la CFDT en Loire-Atlantique.
La manifestation à Rennes a rassemblé entre 14.000 personnes selon la police et 35.000 selon les syndicats, soit moins que lors de la précédente journée d'action du 29 janvier. De nombreux étudiants et personnels de l'Education nationale étaient présents dans le cortège qui comptait aussi des délégations de salariés de Peugeot-Citroën, Veolia, Motorola ou Thomson, plus importantes selon les syndicats que lors du précédent mouvement. Si la participation était en baisse à Rennes ou quasiment équivalente à Lyon (24.000 à 50.000) et Toulouse (45.000 à 90.000), les manifestants étaient plus nombreux dans les petites villes.
En Seine-Maritime, les syndicats ont dénombré 35.000 manifestants au Havre et la police 10.000, un chiffre supérieur à celui du 29 janvier.
A Orléans (Loiret), le cortège de 18.000 personnes, selon les organisateurs, était composé pour moitié de salariés du secteur privé.
Les manifestations étaient 60.000 selon les syndicats (34.000 selon la police à Grenoble, 60.000 (13.000 à 15.000) à Lille, 30.000 (25.000) à Tarbes, 70.000 (25.000) à Clermont-Ferrand, 40.000 (24.000) à Caen, 50.000 (23.000) à Rouen, 50.000 (21.000) à Montpellier, 27.000 (19.000) à Nancy, 32.000 (15.000 à 20.000) à Toulon, 35.000 (15.000) à Poitiers, 32.000 (14.000) à Pau, 45.000 (13.000) au Mans, 35.000 (11.000) à Strasbourg, 35.000 (10.000) à Nîmes. |  |
| Les partis de gauche mobilisés contre Sarkozy | Présents en nombre à la manifestation jeudi, les partis de gauche, PS en tête, ont appelé Nicolas Sarkozy à ne pas rester sourd aux revendications de la rue, l'extrême-gauche souhaitant une "grève générale illimitée".
Après avoir salué les leaders syndicaux en tête de cortège, les dirigeants du PS - Claude Bartolone, Harlem Désir, Benoît Hamon- ont rejoint leur "point fixe" au Cirque d'hiver avec d'autres ténors dont Bertrand Delanoë. La première secrétaire Martine Aubry défilait à Lille.
"La colère est profonde et justifiée. Le rassemblement populaire est solide. Il est important que le gouvernement l'entende et change sa politique économique, sociale et fiscale", a affirmé le maire de Paris, dénonçant le bouclier fiscal.
M. Désir a jugé "insensé et inconcevable qu'à l'issue de cette journée, le pouvoir refuse de rouvrir le dialogue avec les organisations syndicales".
M. Bartolone a mis en garde le président Sarkozy "d'aller à une épreuve de force avec les salariés". "Il devrait se méfier, c'est ce qui a été tenté dans le passé : souvenez-vous d'Alain Juppé droit dans ses bottes".
Le PS est "immergé dans les mobilisations sociales", affirme M. Hamon. "Nous sommes aux côtés des organisations syndicales, nous sommes à notre place", renchérit M. Bartolone.
"Le débouché politique", précise M. Delanoë, "c'est les élections, nous ne sommes pas des putschistes".
Plus loin, l'extrême-gauche - Nouveau parti anticapitaliste et Lutte ouvrière - appelle à la "grève générale illimitée". "Ce succès appelle à des suites", a déclaré Olivier Besancenot qui prend exemple sur la Guadeloupe.
"Quand on tape sur le même clou avec le même marteau, on peut faire augmenter les salaires et baisser les prix", a-t-il dit, comprenant "la radicalisation du mouvement social parce qu'en face, on a un mur".
Arlette Laguiller (LO) trouverait "idéal qu'il y ait de plus en plus de monde de journée en journée". Selon elle, "les salariés ont la haine, la rage" mais "la vraie violence est du côté des patrons".
Au côté de Marie-George Buffet (PCF) au "point fixe" du "front de gauche", Jacques Généreux (Parti de Gauche) a appelé à "l'unité dans les urnes" aux européennes de juin "puisqu'il y a l'unité dans la rue".
Pour Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie), de retour sur le pavé parisien au côté de José Bové, Nicolas Sarkozy doit "symboliquement retirer le bouclier fiscal, la législation sur les heures supplémentaires et dire on met tout à plat". |
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