Sarkozy à Kaboul: hommage aux 10 soldats tués
Le chef de l'Etat s'est rendu en Afghanistan pour un hommage aux 10 soldats français tués dans une embuscade
Le chef de l'Etat, arrivé le matin même, a souligné, malgré ce drame, la nécessité de poursuivre en Afghanistan l'"indispensable travail" dans "le combat contre le terrorisme" et "la barbarie".
Onze blessés dans l'embuscade sont arrivés ce matin à Paris.
"Je suis venu pour partager votre deuil, pour m'associer à la peine indicible qui est la vôtre (...) comme tous les Français qui ont été bouleversés par le si lourd bilan de l'embuscade", a déclaré Nicolas Sarkozy sur la place d'armes du camp de Warehouse, le quartier général des forces françaises à Kaboul, où le drapeau français était en berne. "Quand il vous arrive quelque chose, je m'en sens responsable", a-t-il souligné face à des centaines de militaires au visage grave réunis sous un soleil de plomb.
"La meilleure façon d'être fidèles à vos camarades c'est de continuer, c'est de relever la tête, c'est d'agir en professionnels", a-t.-il ajouté.
"Je tenais à vous dire que le travail que vous faites ici, il est indispensable (...). Pourquoi on est ici ? Parce qu'ici se joue une partie de la liberté du monde. Ici se mène le combat contre le terrorisme. Nous sommes ici non pas contre les Afghans, mais avec les Afghans, pour ne pas les laisser seuls face à la barbarie", a affirmé le président français. "Je n'ai pas de doute, il faut être là. Moi aussi, j'étais sous le choc (...), mais je vous dis en conscience que si c'était à refaire, je le referais. Pas la patrouille et l'enchaînement des événements, mais le choix qui m'a amené à confirmer le choix de mes prédécesseurs d'envoyer l'armée française ici", a-t-il souligné.
Dès son arrivée à Kaboul, Nicolas Sarkozy, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et du ministre de la Défense, Hervé Morin, s'était rendu en hélicoptère à la chapelle ardente du camp de Warehouse, petite église de bois construite au milieu des préfabriqués. Là, en compagnie de Mgr Patrick Le Gal, évêque aux armées, il s'est recueilli devant les cercueils des dix soldats défunts, âgés pour la plupart d'une vingtaine d'années. Il est ensuite allé rendre visite aux blessés dans l'hôpital du camp.
Nicolas Sarkozy s'est par ailleurs entretenu avec des militaires du 8e Régiment parachutiste d'infanterie de marine (8e RPIMa), basé à Castres (Tarn). Ils lui ont raconté l'embuscade et les combats contre les talibans, dans la vallée d'Uzbeen du district de Saroubi, à 50 km à l'est de Kaboul.
Dans la capitale afghane, le chef de l'Etat a également eu un entretien avec le général Michel Stollsteiner, commandant français de la région de Kaboul. Il a aussi rencontré le président afghan Hamid Karzaï au palais présidentiel.
L'attaque de lundi contre les militaires français est la plus meurtrière contre les forces internationales en Afghanistan et la plus grave dans l'armée française depuis l'attentat contre l'immeuble Drakkar à Beyrouth en 1983 (58 morts). Outre les 10 parachutistes tués, 21 autres ont été blessés lors de l'embuscade des talibans à l'est de Kaboul.
Un porte-parole taliban avait revendiqué l'attaque dès lundi. "Ce matin, nous avons tendu une embuscade aux troupes de l'OTAN dans le district de Saroubi, à l'aide de mines et de roquettes. Nous avons détruit cinq véhicules et infligé de lourdes pertes", a déclaré Zabihullah Mujahed, qui a reconnu la mort de cinq talibans.
Parallèlement, les insurgés ont lancé à deux reprises, lundi puis mardi, deux opérations meurtrières contre une base américaine dans l'est de l'Afghanistan.
L'arrivée cet été de renforts français dans l'est du pays, où les talibans sont de plus en plus présents, avait fait craindre des attaques meurtrières dans cette zone. Mais les insurgés ont frappé cette fois à moins d'une heure de route de la capitale.
La réaction des Etats-Unis Le président américain George W. Bush a présenté mardi ses condoléances aux familles des soldats tués. Il a adressé "à tous les Français" ses "remerciements sincères pour les sacrifices qu'ils ont faits, et pour l'engagement de la France à participer au maintien de l'ordre en Afghanistan".
Revue de presse Les éditorialistes de la presse française s'accordaient à dire mercredi que le temps n'est pas à la polémique. Tout en étant nombreux à poser des questions.
"Ces morts qui nous touchent de si près viennent rappeler à tous, dans la France d'aujourd'hui, que notre pays est en guerre en Afghanistan et que la guerre tue", observe comme nombre de ses confrères Maurice Ulrich dans L'Humanité. "Comment gagner une guerre militairement ingagnable?" se demande dans Libération Laurent Joffrin. Comme nombre de ses confrères, Laurent Joffrin pense que cette guerre est "légitime, à la différence de la guerre irakienne, destinée à répondre par la destruction de ses bases arrières à une attaque meurtrière au coeur du territoire américain".
Dans La Croix, Dominique Quinio pense également que cette guerre est légitime et qu'il "faut poursuivre le travail de reconstruction, de formation de cadres (administration, armée, police) susceptibles de prendre le relais". Dans Le Figaro, Luc de Barochez fait partie de ceux qui s'interrogent: "Si les objectifs sont justes, la tactique mise en oeuvre pour les atteindre est-elle la bonne?", se demande-t-il.
Les questions sont nombreuses, et Roger Antech de Nice-Matin les pose clairement: "Une guerre aux côtés des Américains, mais pour quelle cause, et pour quels résultats surtout ? La lutte contre le terrorisme ? La traque des Talibans ? L'instauration d'une démocratie ?".
Renoncer? Personne n'adhère à cette idée: "Renoncer à notre engagement reviendrait à se rallier à l'esprit de Munich sans soulager le monde d'une redoutable menace. Ce serait compris là-bas comme un feu vert donné à la terreur", écrit Hervé Chabaud dans L'Union. Pourtant, plusieurs éditorialistes rappellent que lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait déclaré: "nous n'avons pas vocation à rester en Afghanistan". Jean-Michel Helvig, dans La République des Pyrénées, estime que le chef de l'Etat "a trop vite expédié le débat de fond qu'un tel choix imposait". Pour autant, "il vient de faire voter une révision constitutionnelle qui prévoit que le Parlement doit se prononcer par un vote sur un engagement militaire qui se prolonge au-delà de quatre mois". "Dans l'esprit de cette nouvelle disposition, il serait avisé, à son retour d'Afghanistan, de soumettre ses récents choix politico-militaires à la confrontation publique. Il le doit au moins à la mémoire des victimes", pense l'éditorialiste.
Certains, tel Denis Daumin (La Nouvelle République du Centr-Ouest), voient dans ce changement de cap une allégeance aux Etats-Unis et le regrettent: "Il a changé d'avis ce printemps, sans préavis ni débat, afin de donner des gages aux puissants alliés américains". "Cette allégeance à trois mois d'un renouvellement envisageable à la Maison Blanche a-t-elle un sens?" s'interroge-t-il. Avant de conclure: "Elle a un prix, nous le savons aujourd'hui".
L'engagement français en Afghanistan Environ 3000 militaires français sont actuellement engagés en Afghanistan, au sein de l'ISAF, principalement à Kaboul et dans la province de Kapisa, au nord-est de la capitale.
Au total 24 militaires français sont morts dans le pays, qui subit la guerre depuis près de 30 ans. Avant le drame de lundi, 13 militaires français étaient morts en Afghanistan depuis 2001, dans des accidents, opérations ou attentats. Le dernier avait péri le 21 septembre 2007, dans un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul.
Quelque 176 soldats étrangers, en majorité américains, ont péri en Afghanistan depuis le début de l'année, selon un décompte basé sur les communiqués militaires.
Les talibans ont lancé une insurrection meurtrière depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir à la fin 2001 par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Les violences ont redoublé d'intensité depuis près de deux ans malgré la présence de 70.000 soldats de deux forces multinationales, celle de l'OTAN et l'autre sous commandement américain (Operation Enduring Freedom).
Un numéro vert pour les familles des militaires français présents en Afghanistan a été ouvert par le ministère de la Défense :0800 74 75 75.
| Les circonstances de l'embuscade | C'est dans une "embuscade bien montée" des insurgés talibans que la France a perdu lundi à l'est de Kaboul dix soldats, qui venaient d'arriver depuis peu en Afghanistan, a raconté mardi le chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin. L'opération s'inscrivait dans "une mission de reconnaissance de l'ensemble" de la région centre du pays, dont la France a pris le commandement début août, à environ 50 km à l'est de la capitale afghane, a indiqué le général lors d'une conférence de presse. Les forces s'étaient engagées "sur la route qui traverse du sud vers le nord la vallée d'Uzbeen", dans le district de Saroubi. Au total, "une centaine d'hommes" étaient mobilisés : une section du 8e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa), un détachement de l'armée afghane, une section du Régiment de marche du Tchad, une section du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP), ainsi que des membres des forces spéciales américaines. A 2.000 mètres d'altitude, sur "une piste extrêmement rocailleuse" et en lacets, par "une chaleur suffocante" et "dans une atmosphère extrêmement poussiéreuse", avant que la nuit ne complique encore la situation, "ça a été extrêmement difficile", a reconnu le général Georgelin. Les soldats français impliqués n'avaient été déployés sur ce théâtre qu'"en juillet". "Arrivé à proximité d'un col vers 13H30 locales (09H00 GMT), le chef de section a fait débarquer l'élément de tête de sa section pour aller reconnaître à pied" le site. C'est alors qu'il s'avançait que le "feu nourri" des forces insurgées s'est déchaîné, tuant aussitôt neuf soldats dans les rangs français. "Le chef de section a été blessé à l'épaule tout de suite, ce qui a contribué aussi à la désorganisation". Bien approvisionnés en munitions, les talibans ont ensuite visé la base d'appui restée en arrière, "mais sans causer davantage" de victimes. "Un schéma d'embuscade classique", résume le chef d'état-major. S'est ensuite "engagée une série de combats qui ont duré jusque tard le soir", sur "un terrain extrêmement favorable pour l'ennemi". "Les appuis aériens ont été apportés par la coalition", a-t-il ajouté. Le plus dur a ensuite été de "récupérer l'ensemble des blessés et des autres éléments de la section qui avaient été dispersés" lors de l'embuscade. A "02H30 locales", c'était chose faite, a souligné le général Georgelin. Après que deux sections eurent "ratissé la zone", a pu commencer dans la foulée l'évacuation des blessés, conduite grâce à des hélicoptères Caracal. Mardi matin, alors que les militaires français et leurs alliés "revenaient sur la base de Saroubi", ils ont été "à nouveau pris à partie" par les insurgés. Mais sans avoir à déplorer de victimes de leur côté. Le dixième soldat tué a trouvé la mort bien plus tard, mardi matin à 05H30 locales, quand s'est retourné son véhicule blindé lors d'une "opération de récupération des blessés". Selon Paris, du côté des insurgés, "les estimations sont autour d'une trentaine de morts et d'une trentaine de blessés". Un important chef taliban aurait été blessé. |  |
| Réactions en France | François Hollande: Le Parti socialiste, après s'être "associé à la douleur des familles", a réclamé mardi "la convocation" urgente des commissions des Affaires étrangères et de la Défense de l'Assemblée nationale et du Sénat.
François Bayrou a salué mardi la mémoire des 10 soldats français tués en Afghanistan, et a estimé que "la question des moyens" visant à assurer la sécurité des troupes "devra être posée". |
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