Un an après leur libération des geôles libyennes, les cinq infirmières et le médecin bulgares se sentent abandonnés
Alors qu'ils devaient recevoir des compensations, ils attendent toujours une pension.
Accusés d'avoir inoculé le virus du sida à 438 enfants libyens, dont 56 sont morts, thèse démentie par les experts internationaux du virus HIV, ils avaient été torturés, condamnés à mort et emprisonnés plus de 8 ans en Libye avant d'être libérés le 24 juillet 2007.
Condamnés à mort à deux reprises, les praticiens avaient vu leur peine commuée en prison à vie, ouvrant la voie à l'extradition. Ils avaient été graciés par le président bulgare à leur arrivée à Sofia, accompagnés depuis Tripoli par Cécilia Sarkozy, l'ex-épouse du président français, et la Commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner.
S'ils savourent leur liberté retrouvée, ils restent, un an après leur libération, hantés par les cauchemars des tortures qu'ils ont subies. "Je veux regarder en avant. Mais le cauchemar qu'on m'enlève, qu'on m'étrangle ou que des chiens noirs me mordent hante mes rêves et je pleure dans mon sommeil", confie Valia Tcherveniachka qui a repris son poste d'infirmière à l'hôpital de Biala Slatina où elle touche l'équivalent de 136 euros par mois.
Valia reste en contact permanent avec une autre infirmière libérée, Valentina Siropoulo, revenue travailler en pédiatrie à l'hôpital de Pazardjik. La prison hante aussi ses rêves. "Je suis tombée au mauvais endroit au mauvais moment", dit-elle résignée.
Quant à Nassia Nenova et Christiana Valtcheva, elles viennent de finir leur première année d'études de kinésithérapeute à Sofia. "Nous pourrions ouvrir un cabinet privé, ce serait mieux payé," suggère Nassia qui a divorcé à son retour de Libye. Snejana Dimitrova qui a publié, comme Christiana, un livre en France sur son histoire, ne peut pas retravailler pour cause d'immobilisation d'un bras suite aux tortures. "Je jouis de ma famille, je respire en liberté", dit-elle.
Marié à une Bulgare rencontrée au lendemain de sa sortie de prison, père d'un garçon de trois mois, le médecin bulgare d'origine palestinienne Ashraf al-Hadjoudj, reste intransigeant. Il a porté plainte contre la Libye devant la Commission des Droits de l'Homme de l'Onu à Genève et un tribunal français. "Je ne raterai aucune occasion, où que ce soit dans le monde, pour intenter un procès au dictateur" libyen "responsable de notre tragédie", dit-il en ajoutant qu'il demande la reconnaissance de "notre innocence et le versement de compensations". Ashraf qui faisait un stage de fin d'études de médecine au moment de son arrestation en 1999, est sans diplôme et ne peut pas pratiquer. Il vit de petits boulots et ajoute: "Nous sommes citoyens européens, il faut que l'UE nous aide".
A leur libération, les infirmières avaient laissé entendre qu'elles optaient pour la demande de compensations. Elles ont certes obtenu des logements, mais ils sont toujours inhabitables car dépourvus d'eau et d'électricité. Quant à la pension promise par le gouvernement bulgare à leur libération, les six l'attendent toujours.
Si le président français Nicolas Sarkozy, dont l'ex-épouse Cécilia avait accompagné les infirmières et le médecin vers la Bulgarie, a été décoré de la médaille de la Stara Planina (la plus haute distinction bulgare) en octobre 2007, tout comme la secrétaire d'Etat US Condoleezza Rice, le 9 juillet dernier pour leurs rôles dans cette affaire, la réaction du président bulgare Gueorgui Parvanov concernant les ex-détenus a jeté un froid lundi. En effet, dans le quotidien 24 tchassa, il a déclaré: "Des centaines de milliers, pour ne pas dire des millions, de personnes en Bulgarie ont des problèmes pas moins importants" que ceux des praticiens libérés.