Les députés votent "l'offre raisonnable d'emploi"

Les députés ont adopté cette nuit le projet de loi sur "les droits et devoirs des demandeurs d'emploi"
Le texte renforce les sanctions pour tout chômeur refusant deux "offres raisonnables d'emploi" entraînant sa radiation et la suspension du versement de l'allocation chômage.
D'autre part, la dispense de recherche d'emploi dont bénéficient actuellement les chômeurs de 57 ans et demi sera progressivement supprimée d'ici 2012.
L'UMP et ses partenaires du Nouveau centre (NC) ont voté pour, l'opposition (PS, Verts, PCF) a voté contre ce texte déjà adopté par le Sénat.
Dès le 4e mois de chômage , les demandeurs d'emploi devront accepter un emploi rémunéré à au moins 95% de leur salaire antérieur, 85% au bout de six mois, et du montant de l'allocation qu'ils perçoivent au bout d'un an.
Les députés ont adopté un amendement indiquant que ces durées "sont prorogées du temps de formation", pour "encourager et non pénaliser les demandeurs d'emploi qui suivent une formation".
"La philosophie était de mieux accompagner (les demandeurs d'emploi) avec du sur-mesure et, d'autre part, de mieux contrôler les abus", a résumé le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez.
Le député PS Michel Issindou a dénoncé un "texte humiliant pour les demandeurs d'emplois" et le PCF Maxime Gremetz a parlé d'une "régression du code du travail".
L'Assemblée a voté, à la demande du gouvernement, la création d'un "médiateur du service public de l'emploi", conçu comme voie de recours en faveur des chômeurs dans leurs relations avec l'ANPE.
Le service public de l'emploi doit naître de la fusion ANPE-Unedic, qui doit être effective dans les prochains mois.
Le gouvernement ayant déclaré l'urgence sur ce texte, une commission mixte paritaire (CMP) Assemblée-Sénat sera convoquée dans les tout prochains jours afin de mettre au point un texte commun aux deux assemblées qui sera ensuite soumis, probablement mercredi ou jeudi prochains, au vote des députés et sénateurs pour son adoption définitive.
| 10 questions-réponses concernant le texte | Quels droits nouveaux auront les chômeurs ?
Dans le cadre du "projet personnalisé d'accès à l'emploi", l'ANPE, ou l'organisme qui lui succèdera en 2009, précisera quelle aide elle apporte "notamment en matière d'accompagnement et, le cas échéant, de formation et d'aide à la mobilité".
Quels seront leurs nouveaux devoirs ? La nature de l'offre d'emploi qu'un chômeur ne pourra raisonnablement pas refuser dépendra de sa formation, de sa qualification, de son expérience et de sa situation. Dès le quatrième mois de chômage, celui-ci devra réduire ses prétentions à 95 % du salaire antérieur. Au-delà de six mois, il lui faudra se contenter de 85 % de ses revenus précédents et accepter un emploi proposé même s'il nécessite un trajet aller-retour de 60 km/jour ou deux heures de transport en commun.
A quoi pourra-t-il prétendre au bout d'un an de chômage ? Le couperet tombera avec l'obligation pour un demandeur d'emploi d'accepter tout poste dans ses qualifications, voire ses compétences professionnelles, pourvu que le salaire soit "à hauteur du revenu de remplacement" perçu de l'Assedic ou de l'Etat. Fin mai, 480.000 personnes pointaient depuis plus d'un an en catégorie 1 (chômeurs cherchant un CDI à plein temps et n'ayant pas d'activité réduite).
Un chômeur pourra-t-il se plaindre si l'ANPE ne lui propose pas d'emploi "raisonnable" ? Non. "L'ANPE n'a pas la totalité des offres. Il appartient aussi au demandeur d'emploi de prospecter par lui-même, 30 % à 40 % des emplois ne font pas l'objet de publicité", a récemment répondu la direction de l'ANPE.
Est-ce que cela fera baisser l'indemnisation chômage ? Oui et non. Le projet de loi ne parle pas du niveau de l'indemnisation chômage, qui va être renégociée cet automne entre le patronat et les syndicats. Mais en cas d'infraction à la nouvelle loi, le chômeur pourra perdre deux mois d'indemnisation, selon un décret à paraître.
Y a-t-il beaucoup d'emplois non pourvus? Le chiffre de 500.000 à 600.000 offres d'emploi non pourvues mis en avant par le gouvernement est "un chiffre approché" dont "on n'est pas très sûr", selon un récent rapport du Conseil national d'information statistique.
Y a-t-il beaucoup de fraudeurs ? Non, le nombre de personne touchées par le chômage et ne souhaitant pas en sortir est "infime", constate l'ANPE. En 2006, les sanctions (41.700) ont représenté 1 % des quelque 4 millions d'inscrits à l'ANPE cette année-là.
La loi empêchera-t-elle la fraude? Non. La loi vise les abus individuels. Or, les vraies grandes escroqueries à l'assurance chômage reposent sur la création de sociétés fictives, employant de faux salariés, qui vont ensuite réclamer indûment leurs allocations chômage, selon un rapport parlementaire UMP de 2006. La lutte contre la fraude passe notamment par des avancées informatiques, qui se font toujours attendre (déclarations nominatives des assurés).
Qu'en pensent les partenaires sociaux ? Le texte convient au patronat. Les syndicats sont opposés à une réforme qui ne sert qu'à "faire plaisir à l'électorat de droite" (CFDT) et "bafoue" (FO) la logique de l'assurance chômage, c'est-à-dire la possibilité d'être indemnisé lorsqu'on a cotisé.
Le texte peut-il encore changer ? Oui, marginalement. Un amendement vise notamment à garantir que nul ne puisse être contraint de travailler à temps partiel si son projet prévoit qu'il recherche un temps plein. (Source AFP) |
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| Suivi personnalisé: une étude accablante | Le suivi mensuel personnalisé des chômeurs de l'ANPE laisse à désirer car les conseillers "ne sont pas en mesure d'assurer ce qui leur est demandé". C'est la conclusion d'une étude de la CFDT-ANPE que s'est procurée l'AFP et dont elle fait état mercredi.
"Pour bénéficier d'un suivi personnalisé, un demandeur d'emploi doit pouvoir rencontrer son conseiller référent lorsqu'il en a besoin. Or, le système instauré ne permet pas d'avoir un nombre de contacts adapté aux besoins du demandeur", affirme cette étude effectuée en mars dans le Nord-Pas-de-Calais, une région test où le travail de 834 conseillers (huit sur dix) a été passé au crible.
A l'ANPE, le nombre de dossiers par conseiller reste souvent trop élevé, 80 en moyenne nationale et jusqu'à 130 par exemple dans le Nord-Pas-de-Calais, alors que le gouvernement assure que la fusion ANPE-Assedic prévue en 2009 permettra de développer le "sur-mesure" avec un interlocuteur unique chargé de suivre 60 demandeurs.
Selon la CFDT, actuellement le premier entretien dure plus souvent 30 minutes que les 45 prévues pour se limiter à 20, 15 voire 10 minutes les rendez-vous suivants. Quant la rencontre se produit...La CFDT dit ainsi être tombée sur 2.300 chômeurs dont le suivi était "attribué à des agents partis en retraite, mutés, ayant quitté l'agence, voire décédés".
Une analyse corroborée par le Snu-ANPE, premier syndicat de l'ANPE, et FO (2e), mais aussi des associations de chômeurs.
"On le pointe depuis plusieurs années: le suivi mensuel personnalisé est plus de l'ordre du principe énoncé que de la réalité", déplore Jean-François Yon, du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP). "Le nombre d'entretiens s'est globalement développé, mais ils durent trop peu de temps pour faire un suivi sérieux. C'est si court que cela devient un contrôle, avec une ou deux questions du type +où en êtes-vous+?".
Pour Loïc Barboux (FO), le suivi mensuel instauré à partir de 2006 "était une commande politique qui revenait à doubler le volume des entretiens, mais sans les moyens suffisants en face, malgré des renforts, pour recevoir les chômeurs comme il se doit".
"Cela relève de la mission impossible et c'est aussi une mécanique d'exclusion et de radiations", résume Joseph Romand (SNU). |
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