Une campagne de sensibilisation sur les méfaits de l'alcool débute vendredi à destination des jeunes
Elle acccompagnera des mesures d'interdiction annoncées pour l'automne.
La campagne a pour but de faire réfléchir les jeunes aux risques liés à leurs modes de consommation.
"Nous constatons une évolution rapide, brutale, alarmante des comportements d'alcoolisation parmi les jeunes", explique la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Elle cite notamment le "binge drinking", que les spécialistes traduisent par "biture express".
"L'alcool est trop souvent pris par les jeunes comme un produit plaisir qu'ils ont la sensation de maîtriser", commente le directeur général de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, Philippe Lamoureux. L'opération de communication met en scène un "nouveau produit", appelé "Trop" pour montrer que boire trop conduit à "des sensations trop extrêmes".
Le spot télé met en scène un groupe de jeunes qui s'amusent sur la plage au rythme de la bossa nova. Les bouteilles circulent, la musique déraille et la fête tourne court: vomissements, agression sexuelle, bagarre, noyade... Il sera diffusé jusqu'au 9 août sur des chaînes hertziennes, du câble et du satellite regardées par les jeunes, ainsi qu'au cinéma. Des spots radio seront diffusés du 21 juillet au 24 août (Skyrock, Les Indépendants, NRJ, Fun Radio, Virgin Radio...). Un site internet (www.boiretrop.fr) sera par ailleurs ouvert vendredi pour un mois. Il donnera des explications sur ce que "boire trop" implique.
Pour le président de l'Association nationale des intervenants en toxicomanie, Jean-Pierre Couteron, "les spots décrivent bien le scénario, cette espèce d'ambiguité de l'alcool ". "Il y a quand même une incertitude, c'est de savoir comment les jeunes se l'approprieront", a-t-il ajouté. Le président de la Fédération française d'addictologie, Michel Reynaud, a salué de son côté une campagne "courageuse et cohérente face à un certain nombre de lobbies".
Interdictions
Plusieurs mesures d'interdiction seront présentées au Parlement à l'automne: interdiction de l'offre et de la vente de toute boisson alcoolique aux moins de 18 ans, interdiction des "open bars" (vente d'alcool au forfait et à volonté), interdiction de la consommation d'alcool sur la voie publique à proximité des établissements scolaires.
L'interdiction totale de vente aux mineurs est déjà en vigueur dans 15 pays d'Europe, indique Roselyne Bachelot. Il s'agit d'une mesure "qui en appelle à la responsabilité de chacun", a-t-elle déclaré, précisant qu'en cas d'infraction, c'est l'adulte et non le jeune qui sera sanctionné. Les sanctions encourues pourraient atteindre un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende.
Quelques chiffres
Le niveau de consommation d'alcool par habitant diminue en France. Mais les phénomènes d'alcoolisation massive frappent un nombre croissant de jeunes. 57 % des mineurs de 17 ans déclarent ainsi avoir déjà connu l'ivresse.
A 17 ans, l'alcool est la substance dite "psychoactive" la plus consommée, selon la dernière enquête Escapad (2005). 11 % des jeunes âgés de 17 ans déclarent en boire régulièrement et un sur dix a été ivre au moins dix fois au cours des 12 derniers mois, davantage les garçons que les filles.
Si les ivresses répétées restent moins importantes en France que dans d'autres pays européens, elles concernaient plus du quart (26 %) des jeunes en 2005, contre 19,2 % en 2003. Les ivresses graves nécessitant une hospitalisation sont aussi en augmentation: les hospitalisations pour ivresse ont augmenté de 50 % entre 2004 et 2007 chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, mais aussi chez les moins de 15 ans.
En 2006, 21,8 % des conducteurs âgés de 18 à 24 ans impliqués dans des accidents de la route mortels présentaient une alcoolémie supérieure à la limite légale (0,5 gramme d'alcool par litre de sang). La même année, les accidents dont le conducteur était sous l'emprise de l'alcool ont occasionné 34,4 % des tués et 20,5 % des blessés hospitalisés âgés de 18 à 24 ans.