Le Premier ministre s'est voulu rassurant sur le pouvoir d'achat, par des mesures et mises au point à tonalité sociale
Dans l'émission "A vous de juger" sur France 2, il a annoncé le maintien de la tarification des heures supplémentaires. Il a promis un texte législatif sur le RSA "à l'automne", ainsi qu'une "aide directe" pour les trajets domicile-travail pour compenser la flambée des carburants.
Par ailleurs, il a réfuté tout "désaccord" avec Nicolas Sarkozy.
Décidé à démentir les rumeurs sur sa mésentente présumée avec le Président, le Premier ministre a affirmé que depuis son arrivée à Matignon, il n'avait "jamais eu un désaccord de fond" avec lui. "Il y a eu des tensions", parce que "la vie quotidienne est difficile", qu'il "faut gérer tous les jours des centaines de décisions" et que "parfois il peut arriver qu'il y ait des décalages dans ces décisions". Il a ensuite cité un autre tandem, ancré dans l'Histoire. "Relisez le récit" des rapports du général de Gaulle et de Georges Pompidou, "vous verrez que ce n'est pas très différent de ce que nous connaissons tous les jours", a-t-il dit, en expliquant que c'était "le fonctionnement même de la Ve République".
François Fillon a saisi l'occasion pour tacler certains comportements des médias français qui devraient, selon lui, réfléchir à "l'éthique même" de leur métier. Interrogé sur la "une" de L'Express du 14 mai, qui titrait "Pourquoi ils se détestent", sur ses rapports avec Nicolas Sarkozy, le Premier ministre a jugé "totalement irréel" le tableau dépeint sur ses relations avec le Président. Si l'on a "très longtemps" été "très fier d'une sorte d'exception culturelle française", François Fillon a estimé qu'aujourd'hui, on n'avait "plus grand-chose à envier aux tabloïds anglo-saxons qui avaient depuis longtemps ces moeurs-là".
Au début de l'émission, interrogé sur sa relative rareté dans les médias, il a souligné qu'après "le temps de l'action", était venu celui de "l'explication". François Fillon a ensuite évoqué un certain nombre de sujets, de mesures et de mises au point.
Le RSA à l'Assemblée à l'automne François Fillon a indiqué que le Revenu de solidarité active serait "mis en place par un texte législatif qui sera examiné par le Parlement à l'automne". "Comme c'est un sujet difficile, j'ai décidé qu'il y aurait avant la fin du mois de juillet ce qu'on appelle une conférence de consensus" réunissant "l'Etat, les collectivités locales, les partenaires sociaux, les partis politiques, les associations". Cette conférence "va mettre la dernière main au réglage" du RSA avant son passage au Parlement. "C'est-à-dire qu'au 1er janvier 2009, il y aura dans notre pays un Revenu de solidarité active."
Heures supplémentaires: mise au point L'hôte de Matignon a affirmé que "rien ne changera" dans la majoration du tarif des heures supplémentaires et qu'il rejeterait tout amendement parlementaire visant à la diminuer. "Rien ne changera. Le texte que va proposer Xavier Bertrand (ministre du Travail) en conseil des ministres ne comporte pas de modification sur la modulation des heures supplémentaires", a-t-il garanti. "Le gouvernement s'opposera" aux amendements qui pourraient être déposés "parce que le gouvernement a pris des engagements sur ce sujet", a promis le chef du gouvernement.
Après la hausse des carburants Le Premier ministre a annoncé une "aide directe" destinée aux salariés, censée faire face à l'augmentation du coût de leur trajet domicile-travail . Il a demandé aux partenaires sociaux de s'entendre sur les conditions de son application. En remplacement du chèque transport instauré en 2006 et qui "n'a pas été un succès" car "trop compliqué" selon lui, François Fillon a donc décidé de cette aide directe qui figurera "sur la feuille de paie du salarié", pour amortir l'augmentation du prix du carburant.
Réforme constitutionnelle: jusqu'au Congrès Le chef du gouvernement a rappelé, à propos de la réforme constitutionnelle en cours, que "le président de la République a pris l'engagement d'aller jusqu'au Congrès pour que chacun prenne ses responsabilités". Puis il a rappelé : "Ce que nous avons fait, c'est proposer à la majorité et à l'opposition un rééquilibrage des pouvoirs en faveur du pouvoir législatif, ce que les socialistes réclament depuis des années (...) Il faut maintenant qu'ils prennent leurs responsabilités", même si "tout ne leur convient pas dans cette réforme", a-t-il argumenté.
Nucléaire: vers un second EPR François Fillon a indiqué que le gouvernement "réfléchissait" à la construction d'un deuxième réacteur nucléaire de type EPR, c'est-à-dire de troisième génération. "Nous voulons que l'énergie nucléaire soit une des réponses principales à la crise du pétrole que l'on connaît", a-t-il ajouté, rappelant qu'un premier réacteur EPR est déjà en construction en France (à Flamanville, dans la Manche). La technologie EPR (European Pressurised water Reactor) est développée par le groupe nucléaire français Areva et l'Allemand Siemens. C'est la Finlande qui doit mettre en service en 2011 le premier EPR, avec un an et demi de retard sur le calendrier initial.
Usine Bosch à Beauvais: Fillon "attentif" Le Premier ministre a assuré qu'il suivait "avec beaucoup d'attention la situation" de l'usine Bosch de Beauvais (Oise), menacée de fermeture. Il a déclaré "regarder" avec la direction "dans quelles conditions le reclassement de l'ensemble des personnels devra être organisé".
Intervention de François Hollande Le premier secrétaire du PS, invité dans l'émission "A vous de juger" consacrée à François Fillon, a estimé jeudi soir, face au Premier ministre, que le gouvernement n'avait pas la "confiance" des Français. "La confiance n'est pas là", a-t-il jugé, reprochant à la majorité de ne pas avoir tenu ses promesses, notamment sur le pouvoir d'achat. François Hollande a souligné que "les efforts sont demandés aux mêmes" (c'est-à-dire les moins favorisés, ndlr), en citant les augmentations de salaires des patrons du CAC 40. "La confiance c'est aussi le dialogue", a-t-il estimé, or aujourd'hui "il y a beaucoup de conflits" et "on oppose les Français entre eux".
| 35 heures: le dialogue reste "ouvert", pour Fillon | Jeudi matin, lors de la convention sociale de l'UMP, François Fillon a assuré que le dialogue demeurait "ouvert" sur la réforme du temps de travail contestée par les syndicats, tout en réaffirmant sa "détermination à agir".
"La durée légale est maintenue à 35 heures", a assuré François Fillon, tout en défendant le projet de loi gouvernemental qui doit être présenté en Conseil des ministres le 18 juin. "Les organisations syndicale et patronales nous disent : mais vous ne reprenez pas intégralement l'accord qu'on vous a proposé. Je les entends et les respecte", a-t-il affirmé. Il s'est dit en revanche convaincu "que la rigidité des 35 heures est antiéconomique et antisociale".
Les organisations syndicales ont affiché mercredi leur opposition unanime au projet de loi à l'issue d'une réunion avec le ministre du Travail Xavier Bertrand, qui a confirmé, selon eux, "un blocage fort" sur le dossier. Elles se montrent en revanche divisées sur les moyens d'action pour s'y opposer, seules la CGT et la CFDT appelant à une journée de mobilisation le 17 juin.
François Fillon s'est dit en outre "suis fier de servir le président de la République", soulignant la "force intime" de leur engagement, alors que les médias continuent de se faire l'écho de dissensions entre le président et le Premier ministre. "Avec Nicolas Sarkozy, nous avons un cap, et nous le suivons avec la volonté d'être jugé par l'Histoire plutôt que par le microcosme", a lancé le chef du gouvernement devant la Convention sociale de l'UMP. |
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