Les défilés pour défendre les retraites ont rassemblé entre 296.000 personnes, selon la police et 700.000, selon la CGT
A Paris, les dirigeants des 8 principaux syndicats ont défilé côte-à-côte pour marquer leur unité face à l'allongement de la durée de cotisation à 41 ans.
En 2003, les premières manifestations contre la réforme des retraites avaient réuni entre 250.000 et 500.000 personnes. Le mouvement avait atteint à son sommet 1 à 2 millions de manifestants.
Le défilé parisien a rassemblé 70.000 manifestants selon Force ouvrière et 28.000 d'après la police. A Bordeaux, ils étaient de 8.000 à 25.000, à Toulouse entre 14.000 et 25.000, à Lyon de 8.500 à 12.000 et à Marseille entre 8.200 à 60.000, dont de nombreux agents portuaires et dockers.
"Si le gouvernement reste droit dans ses bottes, ça veut dire qu'il faudra une suite, on ne pourra pas en rester là", a prévenu Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.
"Cette journée est une journée réussie. Après un rapport de force de ce type, le gouvernement va être obligé de nous recevoir et on va remettre nos projets sur la table", a renchéri François Chérèque, le leader de la CFDT.
Les syndicats veulent enrayer l'allongement, à partir de 2009, de la durée de cotisation à 41 ans pour une retraite à taux plein. Certains, comme la CFDT et la CFE-CGC ne sont pas opposés au principe d'un allongement, à condition de résultats en matière d'emploi des salariés les plus âgés. Tous réclament de "véritables discussions" avec le gouvernement, refusant de se contenter de réunions prévues sur l'emploi des séniors.
Dans un climat de mécontentement social lancé par les lycéens puis relayé par les enseignants et les pêcheurs, l'Unsa, la FSU, Solidaires et l'Unef figuraient également en bonne place du défilé, de la place de la Bastille jusqu'à Saint Augustin.
De la métallurgie parisienne aux personnels d'Air France, les manifestants ont défilé derrière les bannières de leurs syndicats respectifs, avec pour slogans : "Touche pas à ma
retraite" ou "Quarante ans, c'est déjà trop." Suivaient des agents des impôts, des salariés de l'industrie automobile, des postiers, tandis que des sans-papiers postés
le long du parcours criaient: "Avec ou sans papiers, solidarité."
Le mécontentement débordait parfois celui de la question des retraites, les manifestants exprimant leurs inquiétudes sur l'emploi, le pouvoir d'achat, ou les délocalisations. "Un an
Sarko, un an dans la merde", proclamait la pancarte d'un manifestant.
Le Premier ministre François Fillon a écarté toute remise en cause des 41 ans de cotisation, "acté" en 2003. Et l'UMP a demandé à "tous les gens de bonne foi" de défendre la réforme des retraites.
Les confédérations n'avaient pas appelé formellement à la grève, même si des préavis ont été déposés pour "couvrir" les manifestants. Elles insistaient donc pour que leur succès soit mesuré au nombre de manifestants et non de grévistes.
Mais à la SNCF, la direction a donné un taux non négligeable de 24,9% de grévistes. La direction de La Poste en a enregistré 11,33%, celle de France Télécom 19,5%, celle du groupe EDF 20,8% et celle de GDF 16,2%.
A la SNCF, où le service minimum est mis en oeuvre pour la deuxième fois au plan national, les perturbations ont été limitées, avec un peu plus d'un train sur deux en moyenne (deux TGV sur trois).
En région parisienne, le trafic RATP a été normal (sauf RER B), tandis qu'en province, certains réseaux ont connu des perturbations comme à Marseille, Strasbourg ou Lyon.
Le trafic aérien a été normal à l'aéroport de Roissy et légèrement perturbé à Orly et dans quelques aéroports de province.
8% de grévistes chez les fonctionnaires
Contrairement au 15 mai, les fédérations de fonctionnaires n'appelaient pas à la grève pour la journée d'action pour les retraites, mais à participer massivement aux manifestations. Plusieurs syndicats avaient cependant déposé des préavis de grève, pour couvrir les fonctionnaires qui voulaient se rendre dans les manifestations.
Le taux de grévistes était jeudi à la mi-journée de 8,1% dans la Fonction publique d'Etat et de 7,7% dans l'ensemble des trois Fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière), dans le cadre de la journée d'action pour les retraites, selon le ministère.
Dans l'Education nationale, le taux de participation atteint 7,5% (34,4% le 15 mai).
Rappel
La réforme intervient après celle des régimes spéciaux ayant concerné 500.000 actifs et 1,1 million de retraités à EDF, GDF, la RATP, la SNCF notamment, et qui ont vu leur durée de cotisation portée de 37,5 années à 40 ans d'ici 2012.
Cette fois, les syndicats critiquent l'option du gouvernement de ne jouer que sur la durée de cotisation générale, sans mesures contraignantes pour l'emploi des seniors dans les entreprises et sans recours à la taxation des stocks-options. Selon la Cour des comptes, cette mesure rapporterait trois milliards d'euros par an.
Ce mouvement de grève sera le deuxième en une semaine après celui mené dans la fonction publique, et notamment l'Education nationale jeudi dernier, contre la suppression de 22.900 postes de fonctionnaires cette année.