Insatisfaits des propositions du ministre de la Pêche, les marins-pêcheurs se remobilisent par endroits
A Saint-Quay-Portrieux, dans les Côtes d'Armor, des marins-pêcheurs ont saccagé jeudi le bureau des Affaires maritimes du port pour exprimer leur "colère", une action violente désapprouvée par d'autres pêcheurs sur place, tandis que dans les Bouches-du-Rhône, les dépôts de carburant sont à nouveau bloqués.
Des blocages maintenus
"Nous avons recommencé à bloquer les dépôts de Fos, de Berre, La Mède et
Lavera", a affirmé le président du syndicat des chalutiers de Martigues
(Bouches-du-Rhône) Frédéric Matéo, jugeant qu'"il n'y a pas de raison d'arrêter
le mouvement, il faut aller jusqu'au bout".
Les représentants nationaux des marins-pêcheurs ont appelé jeudi à l'arrêt du
mouvement après leur rencontre avec le ministre, une décision avec laquelle
"nous sommes en désaccord", a ajouté M. Matéo."Nous ne sommes pas des banques, nous n'avons pas à faire l'avance de l'argent à des compagnies pétrolières qui sont en train de nous ruiner. Et si on ne nous rembourse pas, qu'est ce qu'on fait ?", a-t-il dit.
Une cinquantaine de pêcheurs ont également poursuivi le blocus du dépôt de carburants de Port-la-Nouvelle, dans l'Aude, ont rapporté les gendarmes. Même situation à La Rochelle (Charente-Maritime), où la quasi unanimité des marins-pêcheurs ont décidé de continuer le blocus.
En revanche, certains barrages ont été levés comme à Calais, Boulogne et Dunkerque.
110 millions d'aide annoncés par M. Barnier
Après dix heures de négociations houleuses, arbitrées à Matignon, M. Barnier, le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, a annoncé mercredi le versement de 110 millions d'euros d'ici la fin de l'année pour venir en aide aux marins pêcheurs, une enveloppe qui fait
partie du plan d'action de 310 millions d'euros annoncé le 13 janvier.
Dès mercredi soir, des pêcheurs de La Rochelle (Charente-Maritime) ont déclaré mercredi soir être déterminés à poursuivre leur mouvement.
Les pêcheurs avaient intensifié leurs actions avant la réunion à Paris entre leurs représentants et le ministre. Mais ces derniers n'ont pas obtenu ce qu'ils exigeaient, un gazole à 0,40 euro le litre, contre 0,70 à 0,75 actuellement. Pour ne pas se heurter à Bruxelles, la somme de 110 millions sera puisée dans le plan de 310 millions annoncé le 13 janvier. Le plan, qui devait initialement s'étaler sur trois ans, se déroulera finalement sur deux.
"Au-delà d'un prix du gazole de 40 centimes d'euros par litre, le sentiment général est que la situation sociale n'est plus supportable dans notre pays pour les marins-pêcheurs", a reconnu le ministre Michel Barnier. Mais le gouvernement,dispose de peu de marges de manoeuvre: il ne peut pas subventionner le gazole déjà totalement détaxé pour les pêcheurs en raison des règles strictes de Bruxelles en matière d'aides d'Etat.
Le ministre de l'Agriculture a demandé à sa collègue de l'Economie, Christine Lagarde,
d'organiser une réunion avec le président de Total Christophe de Margerie, pour ,"dans un souci de transparence, explorer toutes les pistes d'amélioration sur le prix du gazole". Une table ronde réunira également, dans les 15 prochains jours, l'ensemble de la filière et la grande distribution pour "examiner la formation des prix dans la filière et de faire toute la transparence sur les marges et les prix", a expliqué Michel Barnier.
La réaction de François Fillon
Le premier ministre, François Fillon, a invoqué mercredi soir sur France 2 "un problème d'urgence" pour justifier, à l'adresse de Bruxelles, le versement d'une "aide sociale" aux marins-pêcheurspour faire face à la hausse du prix du gazole.
"Il y a un problème d'urgence (...), puisque c'est la seule profession qui supporte directement le prix du gazole sur les salaires", a-t-il plaidé. "Ce qui se passe, c'est que la pêche est étranglée par l'augmentation du prix du pétrole. (...) Elle peut aboutir à la
disparition de la pêche française, qui par ailleurs a d'autres handicaps structurels", a-t-il souligné. François Fillon a par ailleurs appelé les pêcheurs à reprendre le travail.
Appel à la reprise du travail
Le président du comité national des pêches a aussitôt appelé les marins à reprendre la mer. "Il faut que tout le monde reparte au travail", a-t-il dit, jugeant que "l'essentiel a été obtenu grâce à un effort considérable du gouvernement". Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche français, reste paralysé. Mais le blocage de Calais et de Dunkerque a été levé. Idem dans l'Hérault, pour le dépôt BP Mobil de Frontignan. Dans les Bouches-du-Rhône l'insatisfaction s'est fait sentir sans tarder avant la décision jeudi matin de reprendre les blocages des dépôts pétroliers.
Incidents
Quatre policiers ont été blessés, dont trois sérieusement, lors d'un rassemblement près du ministère de l'Agriculture à Paris, de 300 à 400 pêcheurs, venus notamment des Côtes d'Armor, de Vendée et de Seine-Maritime. D'autres manifestations ont eu lieu en France.
Près de Brest, une soixantaine de pêcheurs en colère ont saccagé un bâtiment de la centrale d'achat du groupe de distribution Leclerc.
Bruxelles donne un accord partiel au plan français
La Commission européenne a donné mardi son accord de principe à la mise en place immédiate d'une partie seulement du plan d'aide que veut mettre en place la France pour aider ses pêcheurs à faire face à la flambée des prix du gazole, a indiqué une source européenne. Auparavant, le ministre français Michel Barnier s'était déjà dit prêt à envisager une mise en place "plus rapide" et des "compléments" au plan d'aide prévu.
L'annonce de l'accélération de la mise en place du plan a été faite en marge d'une réunion à Bruxelles avec ses collègues européens. L'essentiel du financement proviendra d'une taxe de 2% prélevée sur la vente de poissons dans la grande distribution.
Des dizaines de ports bloqués jusqu'à mercredi

Les ports de Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque ont été bloqués mercredi (en principe) pour la journée par les marins-pêcheurs.
Plusieurs stations-services d'hypermarchés de la région marseillaise se sont retrouvées à sec mercredi en raison de l'afflux d'automobilistes inquiets du blocage des dépôts de carburants, a-t-on appris desource concordantes. Selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, il s'agit exclusivement de stations-services de grandes surfaces approvisionnées par un des dépôts de la zone de l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône), le dépôt de Fos (DPS). Ce dépôt est bloqué depuis mardi par des marins-pêcheurs qui protestent contre la flambée des prix du gazole.
Les stations des groupes pétroliers ne sont en revanche pas touchées par les ruptures de stocks, même si deux autres dépôts de la zone - celui de Shell à Berre et celui de Total à la Mède - restent bloqués depuis mercredi matin. Selon plusieurs témoins, ces stations étaient également prises d'assaut par les automobilistes.