Face à la hausse des prix des produits alimentaires, le Premier ministre annonce dès mardi une "opération coup de poing"
Objectif : "de voir où sont les abus" qui ont conduit à cette flambée. M. Fillon a dénoncé lundi des "abus de la part des industries et des distributeurs".
Dans son numéro de mars, "60 millions de consommateurs" fait état de hausses de prix jusqu'à 48%, entre novembre et janvier, en particulier sur les aliments à base de lait et de céréales.
"Il y a manifestement des abus de la part des industries et des distributeurs qui profitent (des) hausses des matières premières agricoles pour accroître leur marge", a affirmé le Premier ministre dans une déclaration à la presse, à l'issue d'une réunion d'urgence à Matignon avec les ministres de l'Economie, Christine Lagarde, de l'Agriculture, Michel Barnier, et Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la Consommation.
Selon le communiqué de Matignon, les services du ministère de l'Economie vont mener une enquête qui ferait "toute la transparence sur la part des hausses attribuables aux cours internationaux d'une part, et aux marges de transformation, d'intermédiation et de distribution, d'autre part" et identifierait "les abus".
"L'objectif est également d'expliquer les raisons des prix plus élevés en France que chez nos voisins européen", ajoute Matignon.
Le Premier ministre a par ailleurs demandé la publication dès le 10 mars "des premiers résultats de l'Observatoire des prix et des marges", créé en novembre 2007.
La réforme de la loi Galland inefficace En décembre, une réforme de la loi Galland qui régit les relations entre distributeurs et industriels, est intervenue. Il y a quelques mois, M. Chatel avait estimé que cette réforme entraînerait une baisse des prix de 3% à 7% sur les produits de grandes marques. Lundi, il a refusé de donner des prévisions, mais selon lui, les prix en France sont "5% plus chers en moyenne que les autres pays européens dans la grande consommation".
Jusqu'à 48% de hausse des prix Beurres, yaourts, pâtes, céréales, biscottes, pains de mie, riz et autres jambons: "60 millions de consommateurs" qui sera en kiosque mardi 26 février, détaille les hausses de prix, qui se sont envolés de 5% à 48% ces trois derniers mois, avec une flambée plus prononcée au début janvier.
Ainsi, sur 1.055 références de produits laitiers et céréaliers comparés par l'observatoire de l'INC chez Carrefour, Auchan, Leclerc, Intermarché ou Hyper U, près de la moitié ont augmenté, dont 200 de plus de 10%, alors que dans le même temps moins de 60 références ont baissé "de quelques pour cent".
Les hausses ont été enregistrées tant pour les produits de grandes marques, que pour les marques de distributeurs (MDD).
Les socialistes pour une baisse de la TVA Le PS a demandé une nouvelle fois lundi une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité et "une véritable transparence sur les prix". Celle-ci devrait s'instaurer par une révision des relations entre les producteurs et la grande distribution. Le PS souhaite d'autre part que le pouvoir d'achat soit "au coeur du débat politique", a déclaré Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande.
Julien Dray, le porte-parole du PS, a lui jugé "décevantes" les décisions annoncées par François Fillon. "Il n'y a rien dans l'immédiat qui peut produire des effets réels attendus, si ce n'est la croyance mythique, que par la simple concurrence et le rappel à l'ordre, les grands groupes industriels de l'agroalimentaire ou de la grande distribution vont prendre peur", ajoute-t-il.
Une flambée injustifiée selon l'INC Si la flambée des prix des matières premières est bien réelle, elle "ne peut justifier des hausses d'une telle ampleur", souligne Marie-Jeanne Husset, directrice de rédaction de "60 millions". "Le prix du lait ne représente que le tiers du prix final du yaourt. Comment expliquer que certains yaourts aient augmenté de 40%?", s'étonne-t-elle.
Distributeurs et industriels s'accusent mutuellement de la flambée des prix. Le patronat des PME (CGPME), qui rappelle que les cours du blé ont grimpé de 72% et des oeufs de 36% en un an, estime que les industriels "n'ont d'autre choix que de répercuter" ces hausses, mais rend les distributeurs "coupables" de la flambée. Le patronat des distributeurs (FCD) rétorque que "certaines hausses de tarifs d'industriels ne sont pas justifiées".
"Il y a une manipulation dans le discours des industriels et des distributeurs. La hausse des matières premières profite aux uns et autres", estime Mme Husset.
Le Medef veut des prix "vrais" Pour sa part, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a estimé que face à cette flambée des prix, il fallait "créer les conditions d'une concurrence totale" pour arriver "au prix vrai".
Les hausses dans le détail Dans son numéro de mars, "60 millions de consommateurs" détaille chaque hausse en citant les marques. En voici le résumé global.
- Les yaourts nature: la plus forte hausse est de 40% pour un produit au sucre de canne, les yaourts nature augmentent entre 17 et 24% selon les marques.
- Les laits UHT: toutes les hausses dépassent les 20%, la plus forte (37%) pour un lait aux protéines, la moins élevée (20%) pour un produit vitaminé.
- Les pâtes: les hausses sont importantes, jusqu'à 45% de hausse pour les spaghettis et 44% pur les coquillettes. Alors que le prix du riz n'augmente "que" de 10 à 18%.
- Les camemberts: les hausses vont de 12 à 32%, la référence à la "campagne" ou au "lait cru" ne faisant pas la différence. La moins forte hausse (12%) est pour un camembert "moulé", la plus élevée (32%) pour un produit "de campagne".
- Les beurres: l'augmentation des prix varie de 19% à 26%, la plus forte étant pour un produit sous la marque de l'enseigne de vente.
- Les céréales du petit-déjeuner: hausses de 14% à 24% pour celles "fourrées au chocolat". Les prix des biscuits au chocolat grimpent également de 10% à 25%.
- Les biscottes et le pain de mie: 10% à 15% de hausse pour les premières et 6% à 22% pour les seconds.
- Les jambons: 44% de hausse pour le jambon blanc "supérieur" et 18% pour les blancs de dinde "dans le filet".
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