Les policiers se sont rendus vendredi à Neuilly-sur-Seine dans l'immeuble du trader de la Société Générale
Les policiers qui ont perquisitionnés, vendredi après-midi, le logement de Jérôme Kerviel, le trader mis en cause dans la "fraude" qui a coûté 4,9 milliards d'euros à la Société Générale, en sont ressortis 3 heures plus tard en emportant plusieurs mallettes.
La Brigade financière devrait maintenant se rendre à la Société Générale à La Défense.
Analystes et enquêteurs tentaient toujours de comprendre vendredi comment un trader isolé a pu faire perdre à lui seul 5 milliards d'euros à la Société Générale, une des trois principales banques françaises, dans une "fraude" sans équivalent.
Les autorités françaises, le président Nicolas Sarkozy en tête, se sont employées de leur côté à rassurer les millions de clients de la Société Générale et la communauté internationale sur la "fiabilité du système financier français".
Le Premier ministre François Fillon a réclamé au ministère de l'Economie un rapport "sous huit jours" pour tenter de lever les nombreuses zones d'ombre entourant cette affaire.
La commission des Finances du Sénat compte pour sa part auditionner mercredi le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.
Le gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet a estimé qu'il fallait "renforcer formidablement les contrôles internes" dans les banques.
A la Bourse de Paris, l'action Société Générale a terminé sur une nouvelle baisse, de 2,56%. La Société Générale a perdu plus de 40% de sa valeur boursière en un an.
| L'affaire de la Société Générale vue de l'étranger | L'affaire de la Société générale faisait les gros titres de la presse mondiale vendredi 25 janvier. Les réactions des journaux étrangers vont de l'incrédulité la plus totale ("Le Soir" de Bruxelles parle d'un scénario à La Hollywood), de l'ironie sur le côté grandguignolesque de l'affaire au pessimisme le plus noir.
"The Independant" britannique va jusqu'à voir dans ce scandale "le symbole de l'effondrement des normes bancaires traditionnelles".
La réaction de la presse britannique "Le Rogue Trader", "le courtier ripou": The Independant a fait le choix d'utiliser l'article français "le" dans son titre de une évoquant l'affaire de la Société Générale, dont Jérôme Kerviel, employé de la banque, est en quelque sorte le "héros". Mais le journal va au-delà de ce cas individuel. "L'information selon laquelle un courtier ripou a complètement siphonné les bénéfices de la banque pour l'an dernier (...) renforcent l'impression d'un système financier échappant à tout contrôle et incapable de gérer ses propres risques".
Est-ce la faute de Jérôme Kerviel "si les marchés se sont effondrés?", se demande The Guardian sur sa une. Et de citer des "rumeurs" bruissant dans la City londonienne: selon elles, les tentatives de la SocGen (surnom donné par The Independant) pour couvrir les pertes du courtier ont été à l'origine de la débâcle boursière de lundi. "La nouvelle n'aurait pas pu arriver à plus mauvais moment", pense le journal.
Pour The Daily Telegraph, cette fraude colossale "efface le peu de foi qui restait dans les banques occidentales". Les opérateurs de la City "ont pouffé dans leur pinte de bière" en entendant la dernière "histoire sur l'incompétence financière française", ironise le quotidien. Lequel n'en souligne pas moins qu'on ne peut "absolument pas" écarter qu'un tel scénario puisse se produire dans une banque britannique...
"Il est incroyable qu'une perte aussi importante puisse avoir été dissimulée pendant si longtemps. Cela va sans dire que les cadres auraient dû savoir ce qui se passait sous leur nez", écrit de son côté The Financial Times.
La réaction de la presse américaine Pour The Washington Post, "la révélation des pertes [de la banque française] a été le dernier choc asséné aux marchés financiers mondiaux qui luttent pour se remettre" des turbulences de la semaine écoulée. Comme certains de ses confrères britanniques, le journal d'Outre-Atlantique fait référence aux propos de certains analystes selon lesquels les malheurs de la Générale ont contribué à la chute des marchés. Chute qui a incité la Réserve fédérale des Etats-Unis, la Fed, à baisser son taux directeur de trois quarts de point.
Dans le même temps, "l'affaire illustre la défiance générale qui touche les institutions financières en charge du pécule des personnes privées et de la richesse des entreprises, et des organismes de contrôle", souligne The Washington Post. Et de citer la question d'un expert français, Xavier Timbeau: "Quelle garantie avons-nous que cela ne se reproduira pas avec un autre courtier ?" Réponse: "aucune"...
Kerviel, le courtier ripou, "au contraire de beaucoup de ses collègues", "ne sort pas de l'élite des universités françaises, mais d'une école de commerce lyonnaise", s'étonne The New York Times. Il a ensuite "grimpé les échelons" au sein de la Société Générale. Le "NYT" veut en fait dire qu'il ne sort pas du système des "grandes écoles" si cher à l'Hexagone. Il se trompe par ailleurs sur l'"école de commerce": il s'agit en fait de l'université de la capitale des Gaules. Erreurs sans importance...
Car "la fraude semble être la plus importante jamais commise" par un trader escroc, constate le prestigieux quotidien de la côte Est des Etats-Unis. "La banque assure que M.Kerviel a agi seul mais les experts se demandent si cela est possible en raison des contrôles" mis en place dans les institutions financières. Dans le même temps, le "NYT" constate que les pertes subies "sont très embarrassantes pour la vénérable institution française". Une institution "fondée en 1864 sous Napoléon III, qui a aujourd'hui 120.000 employés et 22,5 millions de clients dans le monde entier".
De l'autre côté du continent nord-américain, le Los Angeles Times pense, lui aussi que "la banque, dans sa hâte de liquider les mauvaises opérations de Kerviel, a peut-être exacerbé le plongeon des marchés européens". Et les experts cités par le journal de s'étonner de l'attitude des systèmes de contrôle de la Générale. "Où se trouvaient les patrons du jeune homme. Qui s'occupait de lui ?"
La réaction de la presse allemande Der Spiegel s'intéresse, lui, à la manière dont la Société Générale gère la médiatisation du scandale. Pour le spécialiste financier français Arnaud Riverain, cité par le plus grand hebdomadaire d'outre-Rhin, la manière dont la Générale doit gérer cette médiatisation est une affaire à la fois "décisive et très délicate". "D'un côté, la banque ne peut pas faire comme si la faute avait été commise par un seul individu. Une telle présentation des choses serait 'catastrophique'. De l'autre, l'institution financière ne peut "pas reconnaître que tout son système de contrôle a fonctionné de manière catastrophique"...
De son côté, le Süddeutsche Zeitung cite un banquier suisse qui "a du mal à comprendre qu'un seul courtier ait été en mesure de s'occuper d'une 'affaire secrète' de 4,9 milliards d'euros, sans que personne n'en ait rien su". "Tout un chacun parle d'une escroquerie. Mais pour moi, c'est de la pure réthorique. On se trouve là face à une gigantesque erreur de management", a expliqué un financier allemand au grand quotidien de Munich.
Comme certains de ses confrères anglo-saxons, la Süddeutsche souligne l'importance de la vénérable banque, "seconde maison financière privée" de l'Hexagone, "âgée de 144 ans". "En raison de la puissance qu'on lui attribuait, il se disait même ces derniers temps qu'elle pourrait s'emparer de la Commerzbank", grande banque d'Outre-Rhin. Et le journal de rapporter des "rumeurs selon lesquels une mégafusion de la Société Générale avec (...) BNP Paribas serait désormais inévitable"...
La réaction de la presse espagnole "Plusieurs analystes français doutent de la version de la banque et croient que Kerviel pourrait jouer le rôle de tête de Turc pour expliquer" les énormes pertes liées à la crise financière, rapporte El Pais, plus grand quotidien d'outre Pyrénées.
"La question la plus évidente" qui se pose "est de savoir comment un seul employé aussi éloigné (...) des organes de décision de la banque a pu causer tant de tort à l'institution. Etait-il si rusé qu'il a pu tromper tous les systèmes mis en place pour contrôler les opérations ? Autrement dit, ces systèmes étaient-ils si faibles qu'ils ont pu être très facilement trompés par la simple décision, peut-être même pas préméditée, d'un seul opérateur ?"
Et El Pais de poursuivre: le déroulement des faits fait penser à un film où jouerait "l'inspecteur Clouzeau ou le gendarme Louis de Funès"... L'inspecteur Clouzeau, Louis de Funès, pourquoi pas ? Cette allusion cinématrographique (et non moins ironique...) rappelle l'appréciation du Soir de Bruxelles pour qui "le film des évènements surpasse les meilleurs scénarios d'Hollywood". Et pourquoi pas proposer l'histoire aux scénaristes (actuellement en grève) de la capitale mondiale du cinéma ?... |
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