L'ex-premier ministre de Jacques Chirac a été entendu mardi soir comme témoin par la police financière à Nanterre L'audition a eu lieu dans le cadre de l'affaire des chargés de mission de la ville de Paris dans les années 80 et 90. Alain Juppé a été entendu en qualité d'ancien adjoint aux Finances de Jacques Chirac à la mairie de Paris.
Il n'a fait aucune déclaration à l'issue de l'audition qui ne devrait pas l'empêcher de devenir ministre.
Celle-ci eu lieu sur commission rogatoire de la juge d'instruction Xavière Simeoni. Jacques Chirac pourrait être entendu dans le cadre du même dossier en tant qu'ancien maire de la capitale.
"Tout ceci est simplement une procédure normale de droit et je pense que ça ne remet d'aucune manière en cause sa participation à un exécutif gouvernemental s'il le souhaite", a déclaré mercredi Jean-Pierre Raffarin. L'ancien premier ministre UMP a souligné qu'il s'agissait d'une simple audition d'Alain Juppé.
Prié de dire sur France 2 si cet épisode pouvait fermer la porte du futur gouvernement à Alain Juppé, Christian Estrosi, ministre délégué à l'Aménagement du territoire, a répondu : "Je ne le pense pas". "Etre entendu comme simple témoin, on voit que c'est devenu coutumier, Alain Juppé a toujours été respectueux de l'indépendance de la justice, il l'a démontré en d'autres circonstances", a-t-il expliqué.
Le nom du premier premier ministre de Jacques Chirac (entre 1995 et 1997) est l'un des plus cités pour entrer dans le prochain gouvernement dont il pourrait devenir le numéro deux. Il serait le seul à disposer d'un poste de ministre d'Etat et hériterait d'un portefeuille englobant environnement et développement durable, transports, gestion de l'eau et de l'énergie.
En 2005, Alain Juppé avait été condamné par la cour d'appel de Versailles à un an d'inéligibilité et à 14 mois de prison avec sursis dans l'affaire des emplois fictifs du RPR. Après s'être démis de ses mandats, notamment en démissionnant de la présidence de l'UMP et de la mairie de Bordeaux, il avait ensuite enseigné à l'Ecole nationale d'administration publique (ENAP) du Québec. Revenu en France en 2006, il avait reconquis la mairie de Bordeaux.
Pour le président du groupe PS à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, cette audition compromet son entrée au gouvernement. "Il y avait une parenthèse constitutionnelle concernant Jacques Chirac, et comme il quitte ses fonctions demain je pense que le cas d'Alain Juppé fait partie certainement de la suite judiciaire", a expliqué le député-maire de Nantes.
L'affaire des chargés de mission de la ville de Paris 20 personnes sont poursuivies dans l'affaire des chargés de mission de la ville de Paris. Elles sont soupçonnées d'avoir attribué des emplois de complaisance ou d'en avoir bénéficié dans les années 1980-1990, sous les mandats de Jacques Chirac et de son successeur, Jean Tibéri. Cinq anciens directeurs de cabinet de la mairie de Paris sont mis en examen pour "détournement de fonds publics": Robert Pandraud (1983-1986), Daniel Naftalski (1986-1989), Michel Roussin (1989-1993), Rémy Chardon (1993-1995) et Bernard Bled (1995-1998).
L'affaire des chargés de mission a débuté avec la plainte d'un contribuable parisien. En janvier 1999, une information judiciaire était ouverte pour "faux en écriture publique, prise illégale d'intérêts, détournements de fonds publics et recel". La municipalité de Bertrand Delanoë s'est portée partie civile en 2001.
Depuis 2003, le dossier s'est enlisé en raison de multiples recours émanant de personnes poursuivies. Le 16 février, la cour d'appel de Paris a validé plusieurs mises en examen dont celles de MM. Roussin, Pandraud et Naftalski. Les deux premiers se sont pourvus en cassation.
L'audition d'Alain Juppé, proche de M. Chirac, confirme la volonté des juges de mener à terme leurs investigations dans des dossiers sensibles. Elle intervient après des perquisitions au Quai d'Orsay et à la Chancellerie. Ainsi qu'à la suite d'une tentative de perquisition à l'Elysée, opérées au moment de l'élection présidentielle, dans une affaire de pression sur la justice dans le dossier Borrel, un magistrat retrouvé mort en 1995 à Djibouti.
Le cabinet de l'avocat du nouveau président Nicolas Sarkozy a également été perquisitionné vendredi 11 mai, en marge de l'affaire Clearstream |