Dominique de Villepin, Premier ministre depuis le 31 mai 2005, va servir la France "autrement"
Dominique de Villepin
"Je tourne une page. Je vais en écrire une autre", confiait récemment ce Premier ministre atypique qui puise sa fortitude dans l'écriture.
Nommé par Jacques Chirac pour succéder à Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, 53 ans, ambitionna à ce poste de "réconcilier l'inquiétude et l'impatience" françaises. Avec l'Elysée pour horizon inavoué.
Dès sa nomination, Dominique de Villepin qui s'imposa cent jours pour agir, met en oeuvre en août par ordonnances son plan pour l'emploi, qui inclut notamment le contrat nouvelles embauches (CNE).
Tout en se revendiquant d'un gaullisme social, il affirme n'"écarter aucune piste" pour venir à bout du chômage, semant les germes de la crise de 2006.
L'opinion, d'abord sceptique, lui accorde sa confiance. L'état de grâce s'esquisse et avec lui l'image d'un présidentiable crédible pour 2007 face à l'insatiable Nicolas Sarkozy.
En janvier 2006, Dominique de Villepin est au faîte de sa popularité, semblant conjurer la "malédiction" de Matignon: 58% des Français jugent positivement son action, lui qui n'a jamais connu le baptême des urnes.
Dominique de Villepin, décide alors de faire un gros coup contre le chômage, et lance le 16 janvier le contrat première embauche (CPE), sans concertation préalable avec les syndicats. Accusé d'institutionnaliser la précarité, il est confronté à la virulente opposition de la rue, avec la jeunesse pour fer de lance.
Inflexible, il refuse de retirer cette mesure contestée, provoquant une crise qui profite à la gauche et déstabilise une majorité inquiète. Il capitule le 10 avril. Le CPE est enterré. Les espoirs présidentiels du Premier ministre aussi.
Considérablement affaibli, Dominique de Villepin ne connaît pas de répit dans l'épreuve. L'affaire Clearstream, qui le met en cause, éclate. L'opposition réclame sa démission, les rumeurs de remaniement fleurissent. Mais Jacques Chirac lui garde sa confiance.
Il finit par adouber du bout des des lèvres le candidat Nicolas Sarkozy, qu'il taraudait encore quelques mois auparavant.
Bilan économique
Les deux ans du gouvernement de Dominique de Villepin auront été marqués par la mise en oeuvre d'une vaste réforme fiscale alliée à un souci de plus grande maîtrise des comptes publics, mais aussi par une croissance timide.
Entrée en application en 2007, la réforme fiscale est présentée comme une réponse à la demande des Français pour plus de pouvoir d'achat. Elle se traduit par une réduction du nombre de tranches de l'impôt sur le revenu, un "bouclier" plafonnant les impôts directs des ménages à 60% du revenu et un doublement de la prime pour l'emploi.
En attendant que son application produise ses effets sur le taux de prélèvements obligatoires, celui-ci atteint le niveau record de 44,4% du produit intérieur brut en 2006, 0,6 point de plus qu'en 2005.
Le taux d'endettement de l'Etat reflue à 63,9% du PIB en 2006 après avoir atteint un pic à 66,6% en 2005.
Alors que le chantier de la réduction de la dette est amené à se poursuivre, celui d'une fusion entre GDF et Suez pour en faire un des premiers groupes énergétiques d'Europe, âprement défendu par le Premier ministre, subit un coup d'arrêt, faute de publication du décret de privatisation de GDF.
Le passage de Dominique de Villepin aux affaires sera aussi marqué par un nombre record de créations d'entreprises: 233.045 en 2006.
Malgré une forte consommation, la croissance française n'aura pas réussi à décoller. Handicapée par les difficultés de l'industrie et du commerce extérieur, dont le déficit a atteint lui aussi un record en 2006 à 29 milliards d'euros, elle est restée bien en deçà de celle de la zone euro en 2006 à 2,1%, après un creux à 1,2% en 2005. |