Après cinq ans de travaux pharaoniques, l'inauguration de la ligne à grande vitesse a lieu aujourd'hui
Après de longues années d'attente, les habitants de principales villes de l'Est de la France vont considérablement se rapprocher de Paris: 2h20 entre la capitale et Strasbourg.
Le TGV-Est rayonnera aussi au-delà des frontières françaises, grâce au 30 à 40% de gains réalisés dans l'Hexagone: Francfort sera à 3h50 de Paris.
L'inauguration Le train inaugural partira à 16h de la gare de l'Est avec à son bord le ministre des Transports, Dominique Perben, et l'ensemble des partenaires finançant la ligne.
Le voyage se terminera à la "gare de Lorraine" à Louvigny. Un arrêt est prévu en gare Champagne-Ardenne TGV à Bezannes. Un TGV partira aussi de la gare de Strasbourg.
L'ensemble des voyageurs se retrouvera ensuite à l'Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson, où une cérémonie regroupera les 22 partenaires du projet (Etat, régions, collectivités territoriales, le Luxembourg, l'Union européenne, la SNCF) avec interventions et concert de l'Orchestre national de Lorraine.
A 20H00 débutera la "mise en lumière" de la ligne avec des torches d'embrasement placées tous les 100 mètres, allumés par tronçons de trois kilomètres toutes les deux secondes, a expliqué Jean-Michel Dambielle, de la société Lacroix-Ruggieri, chargée du spectacle.
Au passage de la lumière, trois spectacles pyrotechniques sont prévus sur des ouvrages de la ligne: le viaduc de l'Ourcq (Seine-et-Marne), la passerelle de la gare Champagny-Ardenne (Marne) et le viaduc de Jaulny (Meurthe-et-Moselle).
Auparavant, les partenaires du projet auront été reçus à déjeuner par le président de la République.
L'ensemble du budget consacré à l'inauguration est évalué à environ un millions d'euros par les organisateurs.
La première phase de la ligne, entre l'Ile-de-France et la Lorraine, devrait être suivie par une seconde, permettant de réaliser 100 km de voies nouvelles supplémentaires entre Baudrecourt (Moselle) et Vendenheim (Bas-Rhin) à l'horizon 2015. Strasbourg ne serait plus alors qu'à 1H50 de la capitale.
Des travaux gigantesques Le 10 juin prochain, les 300 km de cette nouvelle ligne, où le train roulera à une vitesse supérieure de 20 km de celle des TGV existants, sera ouverte au public.
"Quelque 37 millions d'Européens sont concernés. Un réseau de relations à grande vitesse se met en place avec tout le reste de l'Europe", se réjouit Alain Le Guellec, le directeur du TGV-Est européen de la SNCF, pour qui cette "révolution des transports" engendrera un "saut de trafic important", de l'ordre de 65%, à l'horizon 2011.
Les 78.000 tonnes d'acier utilisées pour les rails permettaient de construire "huit Tour Eiffel", évalue Hubert du Mesnil, président de Réseau ferré de France (RFF), maître d'ouvrage de la ligne.
Les 64 millions de mètres cube de terre déblayés depuis le début des opérations à l'été 2002 correspondent à "neuf fois les volumes extraits du tunnel sous la Manche", poursuit-il.
Près de 300 archéologues se sont en outre relayés sur le chantier, déterrant 400 sites datés de l'époque de Neandertal (vers -80.000 ans) à la guerre 1914-18.
Une ligne sujette à polémique A travaux pharaoniques, coûts pharaoniques: la facture, près de 4 milliards d'euros, selon RFF, partagée entre 22 financeurs - dont 15 collectivités territoriales - est à l'image du gigantesque chantier.
Ce coût aura une répercussion sur le prix des billets. "Il faut bien que nous payions nos investissements", justifie M. Le Guellec, ce qui n'empêche pas usagers et collectivités de hausser le ton.
Par ailleurs, un désaccord politique persistant demeure au sujet de l'emplacement de la gare "Lorraine", qui devrait aboutir à la construction de deux gares distantes d'un peu plus de 15 kilomètres sur le territoire français.
La querelle est telle que le train inaugural de la LGV-Est, dont le terminus était initialement prévu le 15 mars en gare "Lorraine" de Louvigny (Moselle), s'arrêtera au final sur le viaduc de Jaulny, plus proche de Vandières (Meurthe-et-Moselle), le deuxième site retenu.
L'intérêt de Vandières, au coût élevé (108 millions d'eurso), est son accessibilité par le rail, sur une ligne TER. Au contraire, Louvigny, très proche de l'aéroport Metz-Nancy-Lorraine et de l'A31, est seulement joignable par la route.
Jean-Marie Rausch, sénateur-maire de Metz (DVD), et Philippe Leroy, président du Conseil général de Moselle (UMP), ont décidé de boycotter l'inauguration sur le viaduc de Jaulny pour protester contre le projet de Vandières. |