L'avionneur a confirmé que le plan de restructuration prévoyait 10.000 emplois en moins dont 50% chez des sous-traitants
C'est ce qu'ont révélé des sources syndicales mercredi à la mi-journée, ajoutant que 6 sites européens seraient vendus ou cédés.
Le ministre des Transports Dominique Perben avait assuré auparavant que l'usine Airbus de Méaulte (Somme) ne disparaîtrait pas mais pourrait être cédée, et qu'aucune "disparition de site" n'était prévue par le plan Power8.
Méaulte dans l'expectative Les salariés de Méaulte ont poursuivi mercredi le débrayage entamé mardi, pas du tout rassurés par les déclarations de Dominique Perben. "Il n'est pas question de fermer l'usine de Méaulte", a insisté mercredi matin le ministre. Une cession n'est pas exclue, ce qui inquiète fortement le personnel. "Il s'agit de discuter pour savoir si un autre partenaire, peut-être (l'équipementier aéronautique, ndlr) Latécoère mais je ne suis pas habilité à dire qui ce serait, pourrait reprendre le site et y investir", a seulement déclaré le ministre.
"Les salariés sont toujours arrêtés et ils bloquent les accès aux quais (de chargement des camions). C'est un mouvement d'humeur et pas une grève", a déclaré à l'AFP le délégué CGT de l'usine, Patrice Pays. L'usine emploie actuellement 1.200 salariés d'Airbus et 500 appartenant à des sous-traitants.
Le site de Méaulte, dans la Somme, est spécialisé dans la construction des pointes avant, comprenant donc le cockpit et les portes d'embarquement passagers, de l'ensemble des avions de la gamme.
Saint-Nazaire épargné ? Le maire PS de Saint-Nazaire, Joël Batteux, a annoncé avoir obtenu l'assurance qu'"il n'y aurait pas de licenciement" sur le site Airbus de la ville dans le cadre du plan Power8. Le site emploie 1.500 personnes.
Un plan très attendu La réunion du Comité européen d'Airbus, lors de laquelle le PDG Louis Gallois doit annoncer les détails de Power8 aux représentants des syndicats européens, a débuté mercredi à 10h00 à Toulouse.
Le redouté plan "Power8" prévoit des milliers de suppressions d'emplois. Il vise à économiser 5 milliards d'euros d'ici à 2010, puis 2 milliards par an, pour compenser notamment les surcoûts liés aux retards de l'A380, mais aussi la faiblesse du dollar par rapport à l'euro. Le plan comprendrait 10.000 suppressions d'emplois sur les 16 sites européens d'Airbus dont 4.200 en France et 3.500 en Allemagne.
Les chiffres des suppressions en France et en Allemagne ont été donnés mardi par le quotidien allemand Die Welt sur son site internet. Le plan Power8 a été approuvé lundi par les actionnaires d'EADS, la maison mère d'Airbus.
Réactions politiques - Le ministre délégué à l'emploi Gérard Larcher a jugé mercredi matin sur Europe 1 que le plan de restructuration d'Airbus était "indispensable", estimant d'une manière générale que le gouvernement n'a "pas à s'interposer dans la stratégie de l'entreprise" mais à "faire respecter l'ordre social".
- La candidate PS Ségolène Royal a affirmé mercredi que si elle est élue, elle proposera de remettre à plat la gestion d'Airbus et d'élaborer un "moratoire". "Je remets à plat l'ensemble de la gestion de l'entreprise, je demande un moratoire, je travaille pour qu'il y ait une convergence et un accord avec Angela Merkel", at-elle déclaré sur I-Télé.
- Le candidat MPF Philippe de Villiers a estimé mercredi que l'avionneur européen en crise "devait rester à majorité française", puisque la "binationalité ne fonctionne pas".
- La chancelière Angela Merkel et le président Jacques Chirac ont tous deux appelé à un règlement "équitable" de la crise d'Airbus pour éviter d'envenimer les relations entre les deux pays, vendredi lors d'une rencontre en Allemagne. Le président français s'est dit opposé à tout "licenciement sec" chez Airbus et a demandé que toute suppression de sites de fabrication soit "compensée" dans le plan Power8.
- Le candidat UMP Nicolas Sarkozy a déclaré lundi qu'il était "temps de raisonner Airbus" plutôt que de "raisonner France ou Allemagne". Sur BFM TV/RMC, il a ajouté qu' "il faut que les actionnaires d'Airbus soient prêts à mettre de l'argent pour favoriser le développement." A ses yeux, il y a aussi "un problème de gouvernance, je ne suis pas persuadé qu'on peut voir la gouvernance d'une entreprise simplement en terme franco-allemands".
Les autres sites européens menacés Parallèlement aux menaces pesant sur les usines Airbus de Méaulte et Saint-Nazaire, celles de Nordenham et Varel en Allemagne pourraient continuer de bénéficier de contrats de sous-traitance avec Airbus. Selon la radio BFM, qui cite des sources internes, Airbus devrait également céder le site de Filton en Grande-Bretagne et fermer le site de Puerto Real en Espagne. D'après la "Dépêche du Midi", le siège d'Airbus à Toulouse pourrait aussi subir 900 suppressions de postes.
L'avionneur européen emploie 56.000 personnes au total, dont 21.000 en Allemagne et 22.000 en France. La répartition de la production entre les deux pays doit rester inchangée pour l'avion géant A380. |