L'ancien dictateur irakien, condamné à mort pour crimes contre l'humanité, a été exécuté par pendaison samedi matin
Son exécution a été confirmée par les autorités irakiennes.
Elle a eu lieu alors que les appels à la prière retentissaient dans Bagdad en ce jour le plus sacré du calendrier musulman, celui qui marque le début de l'Aïd el Adha, la grande fête du sacrifice.
Les détails de l'exécution sont rares mais, selon un témoin "Saddam est monté calmement à la potence, il était résolu et courageux", a raconté à la télévision nationale Iraqia le Conseiller à la sécurité nationale, Moaffaq al-Roubaï.
Saddam Hussein "n'a pas essayé de résister, n'a rien demandé. Il tenait un coran dans sa main qu'il a souhaité envoyer à une personne". Il avait "les deux mains attachées quand il a été pendu", a-t-il ajouté. Toujours selon M. Roubaï, le corps du condamné "pourrait être remis à sa famille pour être enterré", alors que les autorités gardaient jusqu'ici le mutisme sur le sort de la dépouille.
Ses dernières paroles, selon un autre témoin, le juge Mounir Haddad, ont été: "J'espère que vous resterez unis et je vous mets en garde: ne faites pas confiance à la coalition iranienne, ces gens sont dangereux".
La pendaison a été intégralement filmée et la vidéo sera bientôt diffusée.
On ne sait pas encore où a eu lieu l'exécution, mais ce n'était pas à l'intérieur de la Zone verte, le quartier fortifié de Bagdad. Selon une source irakienne, Saddam Hussein aurait été pendu à l'intérieur de Camp Justice, ancienne base des services de sécurité de l'ancien régime régulièrement utilisée aujourd'hui pour les exécutions de condamnés à mort. Aucun étranger n'assistait à l'exécution.
Les réactions en Irak * La nouvelle de l'exécution a été accueillie par une multitude de tirs de joie à Najaf, ville sainte chiite du sud de l'Irak, selon un correspondant de l'AFP.
* A Bagdad, quelques rafales ont résonné brièvement, également dans les quartiers majoritairement chiite, mais la situation semblait ensuite normale dans la ville.
* Un attentat à la voiture piégée a frappé samedi un marché de la ville sainte chiite de Koufa dans le sud de l'Irak, quelques heures après l'exécution par pendaison de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Il y aurait au moins 30 morts et 45 blessés.Des ambulances et des véhicules de police se sont précipités vers le lieu de l'attentat.
Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki s'est félicité samedi de l'"exécution du criminel Saddam", tout en lançant un appel à la réconciliation, à l'intention des partisans de l'ancien régime dont "les mains ne sont pas tâchées de sang".
La fin d'un dictateur Saddam Hussein, qui a dirigé le pays d'une main de fer de 1979 jusqu'à la chute du régime en avril 2003, avait été arrêté le 13 décembre 2003 dans son fief de Tikrit par des soldats américains alors qu'il se terrait au fond d'un trou. Les images de l'homme longtemps le plus craint de l'Irak, l'air hagard, une barbe hirsute et en train de se faire examiner la bouche par un militaire américain, avaient fait le tour du monde.
Il était détenu depuis près de deux ans en un endroit tenu secret, sur une base militaire américaine à Bagdad. Il a été condamné à mort le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl (au nord de Bagdad) tués en représailles après un attentat manqué contre le convoi présidentiel en 1982. Son appel a été rejeté le 26 décembre.
Cette exécution met fin à toutes les poursuites qui avaient été engagées contre lui, en particulier le procès Anfal, où il était jugé pour génocide contre la population kurde et accusé d'être responsable de la mort de 180.000 personnes en 1987-1988.
Les réactions
Aux Etats-Unis, le président George Bush a estimé que la mort de Saddam Hussein constituait une "étape importante" du processus de démocratisation de l'Irak.
"Faire rendre justice à Saddam Hussein ne mettra pas un terme à la violence en Irak, mais c'est une étape importante sur le chemin de la démocratie en Irak, une démocratie qui pourra se gouverner, se soutenir et se défendre par elle-même", écrit-il dans un communiqué diffusé de son ranch texan de Crawford.
A Londres, la ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, a estimé que Saddam Hussein, "jugé par un tribunal irakien pour une partie au moins des crimes effrayants qu'il a commis contre le peuple irakien", a "rendu des comptes".
L'Australie, bien qu'opposée à la peine capitale, "respecte" la décision des autorités irakiennes.
La France, qui avait pris la tête du camp du "non" à l'intervention militaire de mars 2003, a simplement "pris acte" de son exécution en rappelant son opposition à la peine de mort, et appeler "tous les Irakiens à regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationale".
Larry Cox, directeur exécutif d'Amnesty International-USA: "L'exécution précipitée de Saddam Hussein constitue tout simplement une erreur". Cela signifie un déni de justice pour les victimes innombrables qui ont enduré des souffrances innommables pendant son régime et qui n'ont désormais plus la possibilité d'obtenir justice."
Pour le Vatican, L'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein est une "nouvelle tragique".
Le ministère russe des Affaires étrangères a exprimé ses regrets après l'exécution samedi à Bagdad de l'ancien président irakien.
L'Iran a salué samedi l'exécution de l'ex-président d'Irak Saddam Hussein comme une "victoire des Irakiens", selon Hamid Reza Assefi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères.
Pour Israël, "justice a été faite", a déclaré samedi un haut responsable israélien à l'AFP.
Le porte-parole du mouvement islamiste palestinien Hamas Fawzi Barhoum: L'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein est un "assassinat politique" et "viole toutes les lois internationales".
La Libye a décrété trois jours de deuil national pour le "prisonnier de guerre Saddam Hussein", a annoncé samedi l'agence officielle Jana.
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