"Il semble que des insultes racistes assez massives" aient été proférées à l'égard du policier qui a tué un supporter
Des insultes comme "sale nègre, sale juif", a précisé vendredi le procureur de Paris.
Le policier, qui a aussi blessé par balle un autre partisan du PSG près du Parc des Princes à Paris, a été mis en garde à vue. Il s'est apparemment porté au secours d'un supporter israélien, agressé par des partisans du PSG, en marge du match PSG-Hapoël -Tel Aviv.
En situation apparente de légitime défense, selon le procureur Jean-Claude Marin, le policier, qui était en civil au moment des faits, a ouvert le feu. Outre les injures racistes, "il y avait aussi 'Le Pen président', des cris de singe et des saluts nazis", a précisé le magistrat.
"L'hypothèse la plus probable" est qu'une seule balle a blessé Mounir Bouchaer, lui traversant le poumon, a-t-il ajouté. Le projectile a ensuite atteint en plein coeur et tué Julien Quemener, 25 ans, membre du club de supporters des "Boulogne Boys", proche de l'extrême droite, a encore dit le procureur.
Parmi les huit personnes interpellées à l'issue des incidents, cinq d'entre elles se trouvaient toujours en garde à vue vendredi matin pour "injures racistes et antisémites", selon la préfecture. Le policier impliqué est un "Antillais de couleur", auparavant "agressé" par des "racistes", a affirmé vendredi le secrétaire général de l'UNSA-police. "C'est un flic, c'est un flic","sale nègre", ou "Bleu Blanc Rouge, la France aux Français", criaient ses assaillants, raconte sur le site internet de "L'Express" le journaliste Philippe Broussard qui était sur place.
Juste avant les faits, le club francilien venait d'être écrasé 4 à 2 par le très modeste Hapoël Tel-Aviv en Coupe de l'UEFA.
Le policier a "violemment été pris à partie" par un groupe de partisans du Paris Saint-Germain à la hauteur de la porte de Saint-Cloud, dans une rue proche du stade, selon la préfecture de police de Paris. Il a alors fait usage d'une bombe lacrymogène pour se dégager puis a tiré deux coups de feu, affirme la même source.
Deux supporters du PSG ont été touchés. L'un, âgé d'environ 20 ans selon des témoins, est décédé. L'autre, blessé, "est hospitalisé dans un état jugé grave", a-t-on appris de source policière.
Le fonctionnaire a ensuite été pourchassé par le groupe de supporteurs puis s'est réfugié dans un restaurant Mac Donald's, selon les premiers éléments de l'enquête. D'importantes forces de police ont été envoyées sur place et sont intervenues pour faire cesser les affrontements. Des vitres du restaurant Mac Donald's ont volé en éclats, a constaté un témoin.
L'Inspection générale des services (IGS), la "police des polices", a été saisie de l'enquête. Des témoins parlent de "confusion" et d'une "extrême tension" lors des faits. L'enquête s'avère difficile "pour cette raison", dit-on de source officielle.
Témoignages Sur place, des témoignages recueillis par l'agence France Presse (AFP) confirment globalement la version policière. Certains des témoins ont affirmé que le policier ne portait pas de brassard "police", contrairement à l'usage, et que "personne ne s'est rendu compte qui il était précisément". "On aurait pu croire à tout : un voyou, un quidam, mais pas à un policier", a affirmé l'un d'eux. "On pensait qu'il avait un pistolet à grenaille", a-t-il ajouté.
Aux dires de ces mêmes témoins, le policier "a longtemps tenu en joue" le groupe de supporteurs avec son arme avant de tirer "trois ou quatre coups de feu" sur ce groupe. "Cela nous a paru durer une éternité", a dit l'un d'eux. Selon un responsable du Syndicat général de la police (SGP-FO) présent sur les lieux du drame, le policier "n'avait pas d'autre choix que de se défendre et protéger une autre personne". "Il a agi en état de légitime défense", a-t-il soutenu.
L'humiliante défaite du PSG Le PSG, qui espérait sans doute se relancer face au très modeste Hapoël Tel-Aviv en Coupe de l'UEFA, s'est fait humilier 4 buts à 2.
L'équipe de football francilienne a toujours eu des difficultés à canaliser ses supporters, à l'origine ces dernières années de nombreux incidents, parfois à caractère raciste. Beaucoup sont d'ailleurs interdits de stade pour cette raison. Le 13 novembre, six supporters ont ainsi été jugés en comparution immédiate par le tribunal correctionnel du Mans pour avoir agressé un jeune Français de 19 ans d'origine sénégalaise à l'issue du match de Ligue 1 PSG - Le Mans.
Le témoignage d'un journaliste de "L'Express"
Le rédacteur en chef du service société de "L'Express", Philippe Broussard, était sur place au moment du drame. Sur le site internet de l'hebdomadaire, cet ancien journaliste sportif et spécialiste du milieu hooligan raconte qu'à la fin du match "quelques centaines de Parisiens, pour la plupart très jeunes" cherchaient "à s'en prendre, ici ou là, à des supporteurs adverses".
Il remarque alors que "certains Parisiens semblent poursuivre quelqu'un" au niveau d'une station de bus. Et voit un homme marchant à vive allure au milieu de la chaussée: "C'est un noir d'une trentaine d'années, assez grand vêtu d'un pull en laine beige. Il a en main une grosse bombe de gaz lacrymogènes et tente de faire face à une foule de plus en plus hostile", témoigne ce journaliste.
Philippe Broussard constate qu'il cherche à protéger quelqu'un lui en lançant : "Reste derrière moi! Reste derrière moi!". Il se réfugie dans un restaurant McDonald's alors que "plusieurs personnes crient "il a un flingue". Un coup de feu claque.
C'est là que le journaliste comprend qu'il s'agit d'un policier : "'C'est un flic, c'est un flic!', crient les assaillants, qui semblent également découvrir sa qualité de policier". Alors que d'autres continuent d'hurler 'sale nègre' ou 'Bleu, Blanc, Rouge, la France aux Français'". Une "haine raciste décuplée par la rumeur qui enfle très vite", poursuit le journaliste. Les minutes qui suivent sont "d'une extrême violence". Le policier, "l'arme au poing, braque son arme sur les agresseurs de plus en plus nombreux" devant le McDonald's.
"Peut-on estimer qu'il a agi en situation de légitime défense? Seule certitude : plusieurs dizaines de personnes se précipitaient sur lui et voulaient l'agresser en raison de sa couleur de peau", conclut Philippe Broussard.
Réactions
- Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Jean-François Lamour: "Ces tensions et ces violences dont les conséquences peuvent être dramatiques, à l'image de ce qui s'est produit hier soir à l'occasion du match PSG- Hapoël Tel-Aviv, sont inacceptables et ternissent l'image du sport".
- Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a souligné "la nécessité absolue de combattre le racisme et l'antisémitisme dans l'environnement des supporteurs du PSG".
- Le syndicat UNSA-police, qui vient de gagner les élections professionnelles: le policier impliqué est "antillais de couleur", auparavant "agressé" par des "racistes", a affirmé le secrétaire général de l'UNSA-police.
"Un supporteur lui a demandé assistance et ce collègue antillais lui a porté aide et assistance", a raconté Joaquin Masanet. Plus tard, "il était réfugié au McDonald's et a vu arriver une horde de sauvages", a-t-il ajouté en affirmant qu'il avait été "agressé et lynché".
- Le syndicat Synergie, second syndicat d'officiers de police: le policier "a tiré en état de légitime défense". "Il venait de porter secours à un homme comme l'exige notre règlement et il n'a pas eu d'autre option que de tirer", alors qu'il était cerné par une foule hostile, selon le secrétaire nationale de l'organisation, Patrice Ribeiro.
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