Liban: le ministre Gemayel assassiné
Le ministre libanais (antisyrien) de l'Industrie, Pierre Gemayel, a été tué mardi dans un attentat
Le chef de la majorité parlementaire antisyrienne, Saad Hariri, a immédiatement accusé le régime de Damas de vouloir "tuer tout homme libre" au Liban. La Syrie a condamné l'attentat.
Par ailleurs, le Conseil de sécurité a approuvé le projet de création d'un tribunal international pour juger les assassins présumés de l'ex-premier ministre R. Hariri.
La mort de Pierre Gemayel Selon l'agence officielle ANI, des inconnus ont ouvert le feu sur le convoi du ministre à Jdeideh, au nord de Beyrouth. Agé de 34 ans, le ministre, fils de l'ancien président chrétien maronite Amine Gemayel, a été abattu à bout portant alors qu'il se trouvait au volant de sa voiture sur la route de Jdeidé, selon un témoin. Trois hommes ont d'abord immobilisé le véhicule avant de faire feu, l'atteignant à la tête, a-t-il ajouté.
Selon une source sécuritaire, le ministre est mort de ses blessures à l'hôpital Saint-Joseph de Beyrouth où il avait été transporté.
Le premier ministre Fouad Siniora a promis que "les assassinats ne terroriseraient pas" les actuels dirigeants du pays, issus de la majorité antisyrienne au pouvoir depuis 2005 et la fin de la tutelle syrienne sur le Liban. "Nous ne permettrons pas aux meurtriers de décider du sort du Liban", a-t-il déclaré.
Il a assuré que ce nouvel assassinat "augmente la détermination" du gouvernement de voir la création d'un tribunal international pour juger les meurtriers de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. Ce dernier, qui venait de rompre depuis quelques mois avec Damas, avait été tué dans un attentat à Beyrouth le 14 février 2005.
Quelques heures après cet attentat, le bureau d'un autre membre antisyrien du gouvernement, le ministre d'Etat aux Affaires du Parlement, Michel Pharaon, a été la cible de coups de feu à Beyrouth.
L'armée libanaise s'est déployée en force dans la capitale. Les proches de la victime se sont rués à l'hôpital Saint-Joseph, criant leur colère. La population a été prise d'un mouvement de panique et les rues de Beyrouth ont connu des embouteillages monstres.
Dans la soirée, la tension était très vive. Des groupes de sympathisants brûlaient des pneus et s'en prenaient aux symboles de l'opposition.
Réactions au Liban L'ancien président libanais Amine Gemayel, père de la victime, a appelé ses partisans au calme. Le chef druze Walid Joumblatt, l'un des leaders du bloc anti-syrien, a lui aussi appelé la population au calme.
Pour le mouvement chiite Hezbollah, "il ne fait aucun doute que ceux qui ont commis ce crime veulent pousser le Liban vers le chaos, la perte et la guerre civile". "Ils veulent empêcher tout règlement pacifique et politique des différends politiques dans le pays", a ajouté le parti chiite, qui a condamné avec fermeté cet "acte criminel".
La crise politique Plus tôt dans la journée, le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a défendu la légitimité de son gouvernement, malgré la démission des six ministres. Il a aussi mis en garde contre les risques de violences en cas de manifestations annoncées par le Hezbollah.
Ces six ministres, dont les cinq représentants chiites du Hezbollah et du mouvement Amal, ont démissionné au cours du week-end du 11 novembre après l'échec des discussions sur l'octroi à la minorité pro-syrienne d'un pouvoir de blocage au sein du gouvernement. Le départ des ministres chiites a conduit le président pro-syrien, Emile Lahoud, et le président de la Chambre des députés, Nabih Berri, du mouvement Amal, à contester la légitimité du gouvernement censé représenter les différentes communautés du Liban.
Réactions dans le monde
-La Maison blanche a qualifié l'attentat d'"acte de terrorisme". Le président George W. Bush a appelé "à une enquête complète pour identifier les gens et les forces qui se trouvent derrière ce meurtre". Sans lier directement la Syrie ou l'Iran à l'assassinat de Pierre Gemayel, le dirigeant américain n'en a pas moins répété ses accusations à l'égard de ces pays, leur reprochant de favoriser les tensions au Liban.
- A l'ONU, le Conseil de sécurité a condamné le meurtre de Pierre Gemayel, qualifiant ce dernier de "symbole de l'indépendance politique du Liban".
-Le président Jacques Chirac a condamné mardi dans un communiqué "l'odieux attentat". Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a qualifié l'assassinatde "nouvelle tentative de déstabilisation du Liban " .
-Le premier ministre britannique, Tony Blair, a condamné "énergiquement" le meurtre.
- L'assassinat est une "tentative de saboter le développement d'un Liban indépendant, souverain et démocratique", a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.
- La Russie a dénoncé "la reprise des assassinats politiques" au Liban.
- L'Italie a condamné l'"attentat gravissime" qui a coûté la vie à Pierre Gemayel.
- La présidence finlandaise de l'UE a condamné l'assassinat dans "les termes les plus forts".
- Tout en jugeant qu'il est "trop tôt" pour tirer des conclusions, Israël a suggéré la possibilité d'une implication syrienne. "Le rôle négatif de la Syrie au Liban n'est pas quelque chose de nouveau ou de top-secret", a déclaré sa ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni.
-La Syrie a elle-même condamné l'attentat. "Ce crime odieux vise à déstabiliser le Liban et perturber la paix civile dans ce pays", a déclaré une source officielle syrienne citée par l'agence de presse Sana.
-Le président égyptien, Hosni Moubarak, a appelé les Libanais à "dialoguer au lieu de s'entretuer".
- Le roi Abdallah II de Jordanie a évoqué un "crime lâche qui vise la sécurité et la stabilité du Liban frère".
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