Jospin renonce à la présidentielle Lionel Jospin a confirmé ce matin qu'il ne briguerait pas l'investiture du Parti socialiste pour la présidentielle
"Faute de pouvoir rassembler, je ne veux pas diviser. Je ne serai donc pas candidat à l'investiture", a-t-il annoncé sur RTL. Il a exclu de soutenir Ségolène Royal mais n'a pas précisé quel autre candidat il appuirait.
Dans une "lettre aux militants", il a dénoncé "la force des pressions exercées sur le parti et dans le parti au nom de l'opinion".
Expliquant les raisons de son renoncement vis-à-vis de la présidentielle, l'ancien Premier ministre a expliqué: "J'avais mis comme condition à ma candidature possible (...) de pouvoir le rassembler ou en tous cas d'opérer un rassemblement suffisant pour qu'un choix clair soit possible. Je constate que ce rassemblement n'a pas pu se faire autour de moi."
Il ne soutiendra pas Ségolène Royal
Interviewé jeudi matin sur RTL, il a confirmé que Ségolène Royal était loin d'être sa candidate préférée parmi les socialistes: "Je crois que vous avez deviné, autour de la façon d'aborder la politique, le rapport aux citoyens, la façon de considérer le Parti socialiste, qu'il y a un choix que je ne ferai pas en faveur d'un, ou d'une pour être plus précis, des candidats."
Mais Lionel Jospin a refusé d'évoquer quel candidat pouvais avoir sa préférence pour 2007. "J'ai besoin d'entendre ceux qui seront les acteurs de la campagne interne. C'est en fonction de ce qu'ils diront, de ce qu'ils défendront, que je me déterminerai le moment venu", a affirmé l'ancien Premier ministre. "Peut-être sera-ce d'ailleurs seulement un choix personnel que je ferai dans ma section. Ca ne relèvera pas forcément d'une proclamation."
Lionel Jospin, qui avait déjà reproché à la députée des Deux-Sèvres sa "démagogie", a estimé que "les citoyens ne sont pas faits pour être flattés" parce qu'"ils sont intelligents, avisés et attentifs". Il a ajouté aussi "ne pas avoir aimé les pressions ou les tentatives d'intimidation qui se sont opérées ces derniers jours et qui témoignent d'ailleurs d'une curieuse nervosité".
Lionel Jospin avait annoncé sa décision mercredi soir lors d'une réunion de ses fidèles à Paris.
Attaque contre la pression des médias et des sondages
Plus tard dans la matinée, le candidat malheureux du 21 avril 2002 a publié, sur son site web, une lettre d'explication aux militants socialistes. Il y exprime "le sentiment que le nombre de candidats, la force des pressions exercées sur le parti et dans le parti au nom de l'opinion et l'édulcoration probable du débat interne empêcheront une authentique confrontation des visions de la France, des conceptions de la politique et des personnalités".
En parlant de ces "pressions", Lionel Jospin fait indirectement référence aux multiples sondages plaçant Ségolène Royal loin devant tous les autres prétendants, à leur impact médiatique et à l'importance qu'ils ont revêtu dans les préférences exprimées par les cadres du PS en faveur de la députée des Deux-Sèvres.
Enfin, l'ancien chef du gouvernement se dit "inquiet de l'idée que certains semblent se faire de l'élection présidentielle, de la distance qu'ils prennent avec les exigences de la gauche et de la façon dont ils entendent capter les suffrages des militants socialistes", nouvelle pique visant la nature de la campagne de Ségolène Royal.
Les regrets de ses proches
Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, a "regretté" jeudi le retrait de Lionel Jospin de la course à la présidentielle, tout en indiquant qu'il "comprend et respecte totalement" cette décision. Ce fervent supporter de l'ancien Premier ministre ajoute que "son choix, qui relève d'une réflexion personnelle et même intime, ne modifie en rien l'estime et la fidélité que (lui) inspirent à la fois la personne et l'acteur politique".
Jeudi après-midi, Elisabeth Guigou, députée de Seine-Saint-Denis et ancienne ministre, a déclaré à l'AFP: "Je suis très triste que Lionel Jospin ne puisse pas être candidat, mais je comprends et j'approuve sa décision. Je fais partie de ceux qui étaient arrivés à la même conclusion: les conditions ne sont pas réunies, il est plus sage qu'il se retire. Je ne regrette pas du tout qu'il soit entré dans le débat, car il a posé de vraies questions, et j'espère qu'il y restera présent." Lionel Jospin jette l'éponge
Né le 12 juillet 1937, énarque, l'ancien Premier ministre a été l'un des héritiers de François Mitterrand, qui lui avait donné très vite des responsabilités au PS, avant de lui remettre les rênes du parti en 1981. Il fut ensuite étroitement associé à toutes les grandes décisions du premier septennat et du début du second, où il fut ministre d'Etat, numéro deux du gouvernement.
Lionel Jospin avait pris ses distances avec François Mitterrand au début des années 90, allant jusqu'à revendiquer un "droit d'inventaire" que certains socialistes retournent aujourd'hui contre lui.
Une première fois candidat face à Jacques Chirac à la présidentielle de 1995, il fut après la victoire législative de 1997 le Premier ministre de la plus longue cohabitation de la Ve République, gouvernant jusqu'en 2002 à la tête d'une "majorité plurielle".
Après son échec du 21 avril 2002, il met fin à son engagement politique, depuis ses débuts trotskistes, longtemps cachés.
Trois ans plus tard, il intervient à nouveau dans le débat, d'abord en s'engageant pour le "oui" lors de la campagne pour le référendum sur la Constitution européenne, puis avec la publication d'un livre "Le monde comme je le vois".
Peu à peu, il laisse s'installer l'idée d'un retour pour 2007, d'abord distillée par la voix de proches, puis en annonçant son intention de participer au débat et enfin en n'excluant pas en juin dernier de solliciter l'investiture.
Lionel Jospin assure alors vouloir créer les conditions d'un "vrai débat", sous-entendant que Ségolène Royal le fuit et ébranle les fondements même du parti.
Mercredi soir, à deux jours de l'ouverture du dépôt des candidatures à l'investiture socialiste, il a finalement décidé de jeter l'éponge, en expliquant qu'il ne voulait "pas fractionner le parti".
Un renoncement qui ne l'empêche pas de rester présent dans la campagne interne du PS puisqu'il a déjà annoncé qu'il ne soutiendra pas Ségolène Royal. Réaction de François Hollande
François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste, a salué jeudi, dans une déclaration, la "décision sage et empreinte de responsabilité" de Lionel Jospin.
"Elle mérite d'être saluée, car le seul devoir aujourd'hui pour les socialistes, et notamment, pour les plus éminents d'entre eux comme l'est Lionel Jospin, c'est le rassemblement pour la victoire de la gauche en 2007 et chacun, à la veille du dépôt des candidatures, ne doit avoir à l'esprit que ce seul objectif. C'est le mien." Réaction de Laurent Fabius
Laurent Fabius a déclaré jeudi avoir "un sentiment de respect" à l'égard de Lionel Jospin qui a décidé de se retirer de la course à la présidentielle, mais n'a pas souhaité à ce stade faire d'autre commentaire.
Claude Bartolone, bras droit de Laurent Fabius, a lui estimé que la non candidature de Lionel Jospin à l'investiture présidentielle du Parti socialiste éviterait aux militants de faire leur choix sur des impressions. "On va entrer dans le réel. Les espaces vont se réduire et les choses vont être plus claires. Nous aurons trois candidatures sûres", a expliqué le député de Seine-Saint-Denis. "Les militants vont pouvoir choisir non pas sur des impressions mais sur des lignes claires."
Lors du vote du 16 novembre, les adhérents du PS pourront choisir "une vision de la politique tout à fait différente entre une certaine forme de démocratie d'opinion", que représente à ses yeux Ségolène Royal, "une vision social-démocrate" incarnée par Dominique Strauss-Kahn et "une vision plus volontariste", celle de Laurent Fabius. Réactions de strauss-kahniens
Pierre Moscovici, proche de Dominique Strauss-Kahn, a estimé que la non candidature de Lionel Jospin à l'investiture présidentielle socialiste ouvrait le débat et offrait aux militants des "choix extrêmement clairs de lignes politiques".
"C'est simplement quelque chose qui vient éclairer d'un regard nouveau cette primaire qui n'aurait évidemment pas été la même si Lionel Jospin était présent. Ce sera peut-être un débat plus ouvert", a déclaré le député européen sur RTL.
"Selon toute vraisemblance, elles seront sans doute trois: Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius (...) et ça donnera aux militants des choix extrêmement clairs de lignes politiques, quant aux personnalités et quant aux manières d'incarner la République."
Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris proche de Dominique Strauss-Kahn, a déclaré à l'AFP: "Lionel Jospin se retire d'une compétition mais continue son combat par d'autres moyens. Son offensive n'a pas été vaine car nous avons obtenu qu'un débat véritable soit organisé dans le parti, ce qui n'allait pas de soi." Réaction de "royalistes"
Gilles Savary, l'un des trois porte-parole de Ségolène Royal, a salué jeudi la décision "lucide" de Lionel Jospin de ne pas briguer l'investiture socialiste, en estimant qu'"elle lui épargne une sortie indigne de ses grands états de service".
Sa décision "peut être utile collectivement si elle s'accomplit sans amertume, ni acrimonie, et si elle prend la mesure de ce qui a changé dans le pays", a souligné Gilles Savary dans un communiqué. "Dans le pays, tout indique, mieux encore que les sondages, une aspiration profonde à changer d'époque et de personnel politique", a-t-il ajouté.
L'ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy a salué jeudi la "décision sage" et "responsable" de Lionel Jospin de ne pas briguer l'investiture PS à la présidentielle. L'ancien maire de Lille s'est officiellement rangé du côté de Ségolène Royal, avec 105 autres élus et responsables socialistes du Nord. Le timing du PS
Les candidatures à la présidentielle au sein du PS s'ouvrent le 30 septembre et se clôturent le 3 octobre.
Les militants voteront pour départager les différents candidats le 16 novembre, et éventuellement le 23 en cas de second tour. |